30 jours après le quart de finale joué et perdu par les Verts à Marrakech contre le Nigeria, l’entraîneur des Super Eagles est revenu sur cette partie, évoquant surtout les points qui lui ont permis de dominer l’EN et surtout de ne pas se faire inquiéter par une équipe algérienne méconnaissable.
L’EN n’a pas été bonne au milieu et en défense, c’était plus que visible, mais la lecture de l’ancien entraîneur du MCO est complètement différente.
Lors de son passage à l’ « After Foot « diffusé hier sur RMC, et qui avait comme invité le bourreau des Verts lors de la dernière CAN, les vérités ont été dites, ce qui lève le voile un peu plus sur tout ce qui n’a pas fonctionné lors de ce quart de finale à mettre aux oubliettes. Les doigts accusateurs s’étaient très vite dirigés vers l’arbitre Issa Sy, et l’action litigieuse où il aurait pu siffler penalty après le centre de Chaïbi, mais ce qui inquiète le plus dans ce match, c’est cette passivité de tous les secteurs de jeu, une nette paralysie qui a facilité la tâche à l’adversaire, déroulant son jeu et dominant outrageusement les débats.
« La composition de départ m’a encouragé à mettre plus d’intensité »
Les spécialistes du ballon rond, ayant décortiqué la partie, étaient unanimes à dire que Petkovic a mal géré son match. Mieux, même ses joueurs n’étaient pas convaincus par ses choix, en témoignent les propos tenus par Bounedjah après le coup de sifflet final, où il a affirmé que dans le vestiaire, à la mi-temps, les joueurs s’attendaient à son entrée en jeu. Il était déçu de ne pas jouer d’entrée ni de faire son apparition avant l’heure de jeu, car tout était déjà joué à cette heure-là. Il aurait aimé débuter, et étrangement, c’est l’avis d’Eric Chelle aussi, qui a reconnu que Petkovic lui a fait ce cadeau de ne pas utiliser Bounedjah, facilitant davantage sa domination de la partie. « Quand je vois la composition de départ, je me dis : On va encore plus mettre l’intensité », a-t-il dit dès le début.
« J’ai poussé un ouf de soulagement en constatant l’absence de Bounedjah »
L’absence de Bounedjah dans le onze de départ a donc fait plaisir à Chelle, car il avait grandement peur du buteur de la finale de 2019. Il savait que le fait qu’il soit devant ses défenseurs allait les inquiéter avec sa grande capacité à intercepter les ballons dans les airs. « Pour moi, s’il y a Bounedjah, ce n’est pas la même chose, parce qu’en ayant Bounedjah, pour sortir d’un pressing, il n’y a pas trente-six mille choses : soit tu sors techniquement à une touche, soit tu mets un long ballon, et tu as ton attaquant qui cale les longs ballons et qui fait remonter le bloc (il fait référence à Bounedjah). Donc moi, je ne vois pas Bounedjah, je me dis : Ouf, les gars c’est bon, mettez plus de pression », s’est-il félicité.
« Petkovic croyait qu’on allait baisser le pied en 2e mi-temps »
Chelle est nettement sur la même longueur d’ondes que l’attaquant d’Al Shamal, qui croyait, selon ses dires en zone mixte après le match, que son entraîneur allait faire appel à lui à la mi-temps. Chelle continue à raconter son match et les cadeaux interminables qu’il a reçus de la part de son adversaire du jour. Cette fois, il évoque son étonnement de voir Petkovic ne rien retoucher à la mi-temps. « Joker (il rit, il ne voulait pas polémiquer et enfoncer Petkovic avant de se lâcher). Je pense peut-être qu’il croyait qu’on allait baisser le pied. Et puis moi, je me dis à la 60e, car en général c’est entre la 60e et la 70e minute qu’on a notre pic physique et qu’on commence à descendre. Mais finalement, dans ce match, non, on a continué. Je me disais qu’on allait peut-être baisser le pied, c’est peut-être pour ça qu’il ne change pas, parce que moi, je m’attendais à ce qu’il change aussi à la mi-temps, mais finalement il ne change pas », précise-t-il.
« La présence d’Abdelli pouvait nous bloquer comme le Maroc l’a fait »
Petkovic fait ses trois premiers changements à l’heure de jeu : Hadj-Moussa, Boulbina, Bounedjah entrent presque à la même minute et surtout n’apportent rien. Car sur l’autre banc, Chelle s’attendait à une autre tournure, et à l’arrivée d’un élément dont il avait peur. « Ce qui m’a le plus surpris aussi, c’est surtout le fait de ne pas utiliser le joueur qui vient de signer à l’OM (NDLR : Abdelli). En fait, ce n’était pas pour la sortie de balle ou autre, c’était plus, je me disais, pour aller dans le combat, pour couper Lookman. Parce que nous, on avait une autoroute, ça l’était durant cette CAN, un axe Iwobi-Lookman. En plus, Alex Iwobi a été très fort dans ses passes en diagonale pour trouver Lookman. Cet axe, le Maroc l’a coupé en demies, et on n’a pas trouvé l’alternative. Pour essayer de contrer ça, c’est pour ça que je m’attendais à ce qu’il mette ce joueur (Abdelli). Je m’attendais à ça, et puis ça m’a relâché un peu plus », explique-t-il.
Voilà qui résume en grande partie ce match plié facilement par le Nigeria, sur des fautes et des cadeaux offerts par les nôtres. Le rendement médiocre des trois compartiments avait une explication tactique, en plus évidemment de la nervosité engendrée par les décisions de l’arbitre, qui a joué un rôle, mais très peu déterminant. Ce témoignage, un mois plus tard, de Chelle nous renseigne sur les carences encore visibles de notre sélection. À un mois et demi du stage de mars et à quatre mois d’une Coupe du monde où le défi s’annonce grand, l’EN ne gagne pas tous ses matchs, car il y a des carences techniques, mais aussi tactiques. Petkovic le sait certainement. Il va falloir qu’il se remette très vite, ainsi que son staff, au travail, car contre l’Argentine de Messi, ce genre de fautes se paie cash et risque de nous coûter une humiliation.
Mohamed Amokrane Smail





