Deux ans après son installation, les Algériens et même les médias locaux n’arrivent toujours pas à cerner le caractère et la personnalité de Vladimir Petkovic. Certains, sinon la plupart, sans raison aucune ni argument valable à faire valoir, ont jugé que son leadership est permissif, non autoritaire, et même laxiste avec certains joueurs.
Ils le classent dans la catégorie des entraîneurs qui ont peur des conflits avec une volonté excessive d'être aimé par ses joueurs. D’autres, nostalgiques du style volcanique de Vahid et de Belmadi et leur proximité passionnée avec les joueurs et le public, le trouvent froid, distant, dépassionné, voire même antipathique. Mais la vérité est qu’aucun de ses qualificatifs ne définit réellement la vraie personnalité du coach Vladimir Petkovic. Compétition l’observe depuis plusieurs mois, a posé des questions précises à des gens qui le côtoient régulièrement, dont certains travaillent avec lui au quotidien sans vraiment être complices et proches de lui, ces dernier, arguments et exemples vivants à l’appui, dessinent un portrait surprenant, carrément à l’opposé de l’image qu’il véhicule ici, et à l’international.
Distant, autoritaire, mais juste
Avec un style "suisse" distant, Petkovic gère son groupe avec un calme apparent, mais une rigueur conjuguée à une fermeté absolue et des principes non négociables dès qu'il s'agit de discipline. Sa gestion des conflits repose essentiellement sur un pilier central : sanctionner fort, immédiatement mais sans bruit ni fuite dans la presse. Le cas le plus édifiant est celui de Baghdad Bounedjah : l'attaquant des Verts, bien que sans concurrent, a payé cash «ses sautes d’humeur », « ses réactions négatives lorsqu’il ne joue pas », « son comportement dans le groupe et surtout avec les arbitres». « Avec les nouvelles lois FIFA, Bounedjah se ferait expulser à chaque rencontre», nous dira notre source. Le message au groupe est clair : quel que soit son calibre, aucun joueur n'est au-dessus de l'institution ou de l'équipe nationale. La même chose s’est répétée avec un autre cadre de l’équipe, présent ici à Kansas City. Ce dernier connu pour son caractère et sa forte personnalité n’avait pourtant rien fait de grave si ce n’est montrer des signes d’agacement après une décision technique du coach. Ce dernier, sans le convoquer, ni chercher à en faire un tapage, l’a tout simplement rayé de sa liste avant de le réhabiliter à l’occasion de ce mondial. Interrogé en conférence de presse sur l’absence de cet élément essentiel en sélection, le Bosniaque a répondu froidement : «choix technique.»
Sans pitié mais sans bruit
Autre exemple, Youcef Belaïli. Une source proche du staff technique nous a confié récemment que le coach avait décidé de ne plus faire appel à lui avant même que la FIFA ne le sanctionne, le coach jugeant que ce joueur, «bien que talentueux», ne joue que pour lui et que pour «sa petite personne» et que «son image passait avant l’intérêt du groupe». A cet effet, notre interlocuteur précisera que la grande popularité et la médiatisation extraordinaire autour de ce personnage auraient pu le sauver avec un autre coach, mais l’a au contraire desservi dans le cas de Petkovic. Un autre jeune joueur dont on taira le nom, pour éviter de le perturber, vu qu’il est dans le groupe ici à Kansas, est aussi passé par là. Ce dernier, tout comme Bounedjah, a fait la gueule contestant son statut dans l’équipe. Petkovic l’a vu, l’a remarqué, et toujours dans la discrétion la plus totale, a décidé de le mettre au frigo. Là aussi, nous, journalistes, qui n’avions rien compris à cette époque-là pour expliquer une telle mise à l’écart, avions posé la question au coach. Petkovic, toujours avec la même expression au visage a répondu glacialement : ‘’choix technique’’. »
Le jour où maza a énervé Petkovic
Enfin, arrive le cas le moins grave (raison pour laquelle nous avons décidé de révélé le nom du joueur concerné, NDLR) mais qui a quand même fait couler beaucoup d’encre et de salive : Ibrahim Maza. La nouvelle star de l’équipe nationale d’Algérie et du championnat allemand s’est faite acceptée immédiatement par les Algériens. 2 jours seulement après son débarquement, alors qu’il n’avait encore rien fait, ni rien donné à la sélection, s’est vu offrir un accueil légendaire au stade d’Annaba. Plus de 60 000 spectateurs scandaient son nom, laissant bouche bée les observateurs, mais aussi ses coéquipiers. Mais à la veille d’un stage à Sidi Moussa précédant un match de qualification pour le Mondial, le coach avait donné une instruction simple mais stricte aux joueurs. «Arriver à Sidi Moussa avant midi». Maza qui devait prendre le vol du matin à partir d’une ville, autre que Leverkusen, ne s’est pas réveillé à temps. «Problème de réveil», s’est-il justifié. La FAF lui avait alors envoyé un nouveau billet dans un vol d’après-midi. Là aussi, Maza, en route vers l’aéroport, s’est rendu compte qu’il avait oublié son passeport. Le temps de faire demi-tour et retourner à l’aéroport, son avion avait déjà décollé vers Alger. Maza, embarrassé, a appelé pour expliquer la situation au staff administratif qui a à son tour informé le coach de la mésaventure de Maza. Petkovic, dans une colère noire, leur aurait répondu : «Dites-lui de rester chez lui.» Ce n’est qu’après insistance du staff et de certains responsable à la FAF que Petkovic a accepté de le recevoir le lendemain matin. Maza est allé bien sûr présenter ses plates excuses au coach tentant désespérément de justifier son retard, mais la réponse du coach a été sans appel. «Ok, je te crois, mais saches que tu ne joueras pas ce match.» Une décision acceptée volontairement par Maza qui n’a plus jamais refait cette erreur. Cette anecdote racontée par deux sources différentes montre si besoin comment Petkovic gère son effectif. L’une d’elles nous précisera que le Bosniaque n’aurait jamais été aussi en colère si un cadre en fin de carrière avait été en retard. «Pour lui, un jeune se doit d’être irréprochable. Etre appelé en sélection est un privilège, une chance. Tu dois être le premier arrivé au stade, à l’entraînement, au dîner…tu dois avoir soif, impatient d’arriver…» Interrogé là aussi sur les raisons qui l’ont poussé à envoyer Maza dans les gradins, Coach Vlad répondra : «Choix technique.»
Protecteur, mais pas de copinage, pas un «grand frère»
La même chose, ou presque, s’est répétée avec Benbot. Avant d’acter son retour en sélection, Vladimir Petkovic a eu une discussion très franche avec le champion d’Afrique en titre. «Tu veux venir ? Tu acceptes d’être numéro 2, ou même trois ? Peut-être 4…si c’est ok pour toi, c’est ok pour moi… personne ne peut exiger d’être titulaire avec moi.» Convaincu qu’il s’était précipité après la CAN, Benbot a répondu «ok, ok, ok.» Cette capacité à désamorcer les tensions en interne évitant le conflit frontal ou médiatique agace et frustre les journalistes en quête d’informations, de déclarations fracassantes et d’histoires croustillantes à raconter. En conférence de presse, il reste toujours très mesuré, utilisant un ton calme et des réponses courtes. Il refuse de nourrir les polémiques. Son style distant avec les médias, habitués à «des clients» comme Vahid ou Belmadi, peut parfois donner l'impression qu'il est antipathique, cela étant, il témoigne d’une autorité assumée et d’une volonté affichée à protéger son groupe. Face aux critiques sur ses choix, Petkovic aurait pu, à plusieurs fois, se dédouaner, raconter la vérité en mettant l’un de ses joueurs devant ses responsabilités. Au lieu de ça, il en assume l'entière responsabilité quitte à être incendié dans la presse. Mais en interne, c’est lui le patron, c’est lui qui fixe les règles : la performance et l'attitude en stage sont les seules clés d'entrée en sélection. Lors des rassemblements, l'assimilation des exigences tactiques et le respect de la vie de groupe sont surveillés de près. En interne tout le monde le respecte, car il a fait comprendre à tous qu’ils sont égaux : qu'un joueur évolue en Europe ou dans le Golfe, le traitement reste le même. Ceux qui affichent des sautes d'humeur ou un manque d'implication lors des entraînements se retrouvent rapidement sur le banc ou non convoqués. Contrairement à ces prédécesseurs, Vladimir Petkovic ne fait pas dans le copinage avec les joueurs ou la presse, ce qui est parfois interprété à tort comme du dédain ou de la froideur. En conclusion, nous pouvons dire, sans le risque d’être contredit, qu’en matière de discipline et de rigueur, Vladimir Petkovic n’est finalement pas si différent de son compatriote Bosniaque Vahid Halilhodzic. Son seul tort, c’est que sa froideur et son style risquent grandement de dépassionner l’équipe nationale, chose que personne ne souhaite.
A.B.





