EN : Morandi, le Tessinois de l'ombre qui tient le vestiaire des Verts

Publié le : 22 Juin 2026

On le remarque surtout quand il traduit les mots de Vladimir Petković en conférence de presse. C’est l’image réductrice. 

 

Derrière le micro, Davide Morandi occupe l’un des postes les plus sensibles du staff algérien : celui qui veille à l’équilibre du groupe.

À 61 ans, le Tessinois vit avec les Fennecs sa première aventure en sélection. Un détail de parcours, pas une faiblesse.

 

Un pur produit du football tessinois

 

Morandi a passé l’essentiel de sa carrière sur les bancs de la Suisse italienne : Lugano, Bellinzone, Locarno, entre autres, et les viviers du Team Ticino. Sa dernière expérience en club, c’était à Kriens, en Challenge League, avant que l’Algérie ne l’appelle en mars 2024. Réputé pour son goût du travail avec les jeunes, il est, selon le portrait que lui a consacré le Corriere del Ticino, « un homme qui vit encore pour le football ».

Le ballon, chez les Morandi, est d’ailleurs une affaire de famille. Né à Locarno, le clan compte trois fils passés par le jeu : Giotto, le plus connu, milieu offensif révélé au Grasshopper et aujourd’hui au Servette FC ; Romeo, qui évolue plus modestement du côté de Lugano II ; et Matteo, l’aîné, devenu entraîneur du FC Lucerne pour la saison 25/26. Selon le quotidien Blick, la famille jouit d’un réel respect dans le bassin tessinois.

 

Une proximité, pas une vieille collaboration

 

Le lien avec Petković intrigue. Car Morandi n’a jamais figuré dans les staffs du sélectionneur, ni en équipe de Suisse, ni à la Lazio, ni aux Girondins de Bordeaux. Leur rapprochement ne doit donc rien à une longue collaboration directe. Il tient à autre chose : une connaissance mutuelle, patiente, nouée dans le petit monde du football tessinois, où Petković a lui-même dirigé Bellinzone et Lugano. Une proximité de territoire devenue confiance. Petković a même importé un morceau du Tessin à Alger. Aux côtés de Morandi et du second adjoint Nabil Neghiz, on retrouve le préparateur physique tessinois Paolo Rongoni. Une petite filière, soudée.

 

Bien plus qu’un traducteur

 

Réduire Morandi à un interprète, ce serait passer à côté de l’essentiel. Pour sa première en sélection, l’homme a gagné ce qui se mérite : la confiance des cadres. Médiateur, confident, il s’est imposé comme la pierre angulaire de l’équilibre du vestiaire. Il garde le contact avec les sélectionnés comme avec les laissés-pour-compte. Ce travail de lien, ingrat et décisif, qui empêche un groupe national de se fissurer quand les choix font mal. Sa vigilance ne s’arrête pas sur la pelouse. L’intention, limpide. Morandi suit ce qui se dit, jusque sur les blogs, plateaux télé amusant la galerie et les pages qui entretiennent le Petković-bashing, parfois aux frontières de la désinformation.

Et les choix font mal. Bentaleb laissé sur le côté pour la CAN 2025, Chaïbi écarté temporairement. Face à l’Argentine, c’est le capitaine Riyad Mahrez lui-même qui a débuté sur le banc, tout comme Mohamed Amoura. Le signal est clair : ici, l’exposition médiatique ne garantit aucun passe-droit. Encore faut-il, ensuite, maintenir ces hommes dans le projet. C’est précisément là que Morandi agit.

 

Sur le terrain aussi

 

Sur la pelouse, il organise et anime les séances, on l’a encore vu conduire l’entraînement à Kansas City, le 19 juin. Avant le coup d’envoi, il est de ceux qui transmettent les dernières consignes. Le discours motivationnel sur le terrain, il en est le responsable. Car entre le sélectionneur et des joueurs qui ne parlent pas toujours la même langue, c’est lui qui fait tomber la barrière, au moment où elle pèse le plus. Le maître-mot est simple : équilibre. Pas de favoritisme, pas de chouchou, même pour les plus exposés. Dans l’ombre de Petković, le Tessinois accomplit un travail que les statistiques n’enregistrent jamais mais qu’un vestiaire, lui, n’oublie pas.

 

De nos envoyés spéciaux en Amérique: Ouassel Mounir. Asma Halimi, Kamil Salhi et Halim Djender