Comme nous vous le révélions hier, le président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe, a balayé les spéculations autour d’un éventuel report de la Coupe d’Afrique des nations 2027, confirmant que l’édition prévue au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda se tiendra bien en juin et juillet prochains.
Une sortie ferme, destinée à éteindre l’incendie, mais qui remet au centre du débat une question plus profonde : celle de la périodicité et du calendrier de la CAN. Ces derniers jours, des informations évoquaient un possible glissement du tournoi à 2028, en raison d’inquiétudes liées aux infrastructures et au degré de préparation des trois pays hôtes spécialement l’Ouganda et le Kenya.
Rumeurs ?
À Dar es Salaam, à l’issue d’une réunion du Comité exécutif et en pleine tournée d’inspection des installations, Motsepe a qualifié ces rumeurs de « totalement infondées ». « La CAN de l’année prochaine au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda sera un immense succès. J’ai une énorme confiance. Il y a toujours des défis », a-t-il assuré, appelant les Africains à croire en leurs capacités organisationnelles. Il était toutefois difficile d’imaginer la CAF acter un report alors même qu’une mission d’inspection est en cours dans les trois pays concernés et doit se poursuivre jusqu’à mardi. Revenir en arrière aurait constitué un désaveu prématuré. Pourtant, au Kenya, le discours est sensiblement différent. Nicholas Musonye, président du comité d’organisation local, a reconnu auprès de l’AFP qu’un décalage à 2028 « serait bénéfique pour le Kenya », en raison des élections générales prévues en août 2027. Interpellé sur ce point, Motsepe a tenté de dédramatiser.
En pleine conférence de presse, il s’est tourné vers ses collaborateurs pour vérifier la date du scrutin. « Je crois que c’est programmé pour le mois d’août », a-t-il lancé, avant d’ajouter, une fois confirmé : « Nous n’allons donc pas les déranger, car la CAN aura lieu en juin-juillet. » Une réplique qui a surpris plus d’un observateur. Elle a surtout donné l’impression que certains paramètres politiques et sécuritaires propres aux pays hôtes ne sont pas pleinement intégrés dans la réflexion globale, alors que les récents scrutins en Ouganda et en Tanzanie ont montré combien ces périodes peuvent être sensibles…
Calendrier
Mais au-delà de la question organisationnelle immédiate, c’est bien le casse-tête du calendrier qui refait surface. Traditionnellement disputée en janvier, la CAN avait basculé vers une programmation estivale à partir de 2019, afin d’améliorer sa visibilité et ses conditions climatiques dans certains pays. Dans les faits, les trois dernières éditions ont été organisées en janvier-février ou décembre-janvier, preuve que la stabilité n’est toujours pas au rendez-vous. La tenue du tournoi en pleine saison européenne alimente depuis des années les tensions avec les clubs, de plus en plus réticents à libérer leurs joueurs. À cela s’ajoute la décision de faire passer la compétition à un cycle quadriennal à partir de 2028. Or, si la CAN 2027 est maintenue à l’été, la CAF se retrouvera face à un scénario inédit : organiser deux phases finales en l’espace d’une année civile ou presque, selon le schéma retenu.
Et c’est là que le problème de périodicité devient explosif. Janvier 2028 coïncidera avec le mois de Ramadhan, un facteur à prendre en compte pour plusieurs nations et joueurs du continent. L’été 2028, lui, sera déjà saturé par l’Euro, la Copa América et les Jeux olympiques. Toute autre fenêtre en cours de saison rallumera la mèche avec les clubs européens, dont la pression s’accentue au fil des années. Motsepe a indiqué que les dates exactes de la CAN 2027 seront confirmées ultérieurement et a confirmé l’existence de discussions sur un possible passage de 24 à 28 équipes.
Mais aucune précision n’a été apportée concernant l’édition 2028. À moins d’un réaménagement global et cohérent du calendrier international, la CAF avance sur une ligne de crête, multipliant les annonces sans jamais trancher le fond du problème. Car au-delà des déclarations rassurantes et des effets d’optimisme, une évidence s’impose : la CAN reste à la recherche d’une périodicité stable, lisible et consensuelle. Tant que cette équation ne sera pas résolue avec rigueur et anticipation, chaque édition sera précédée des mêmes incertitudes, des mêmes tensions avec les clubs et des mêmes ajustements de dernière minute. À force de naviguer à vue, l’instance continentale fragilise sa propre compétition phare, au lieu de lui offrir la stabilité et la crédibilité qu’elle mérite.
Mohamed Amokrane Smail




