Alors que la décision de la Commission d’appel indépendante confirmant le Maroc comme vainqueur de la Coupe d’Afrique des nations 2025 provoque scandale et indignation à travers le continent et dans les quatre coins du globe, le président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe, s’est exprimé hier pour justifier ce scandaleux verdict.
«Nous nous imposons des standards très élevés. Il est essentiel pour nous que les supporters et les spectateurs ordinaires dans chacun des 54 pays africains, selon leur propre jugement et non celui de la CAF ou le mien considèrent les décisions de nos instances judiciaires comme justes, intègres et impartiales. Il est tout aussi important qu’ils considèrent nos arbitres, nos opérateurs VAR et nos commissaires de match comme des personnes équitables et justes. Les décisions qui sont prises doivent refléter l’impartialité et l’indépendance qui sont absolument essentielles», a affirmé Motsepe dans une déclaration vidéo publiée par la CAF sur ses réseaux. Le dirigeant sud-africain a également évoqué la possibilité d’un recours du Sénégal devant le Tribunal arbitral du sport, insistant sur le droit de chaque nation à défendre ses intérêts par les voies légales.
«J’ai également été informé que le Sénégal envisage de faire appel, ce qui est très important. Chacune des 54 nations africaines a le droit d’exercer les recours nécessaires pour défendre ses intérêts, non seulement au plus haut niveau en Afrique, au sein de la CAF, mais également devant la plus haute juridiction, le Tribunal Arbitral du Sport. Et nous nous conformerons et respecterons la décision qui sera prise au plus haut niveau. Un principe essentiel est qu’aucun pays africain ne sera traité d’une manière plus privilégiée, plus avantageuse ou plus favorable qu’un autre pays du continent africain», a-t-il ajouté.
La sortie de Patrice Motsepe, avec ses grands discours sur «l’impartialité» et «l’intégrité», apparaît totalement déconnectée de la réalité. Car, pendant qu’il parle de principes, c’est l’essence même du sport qui a été piétinée. Sur le terrain, le Sénégal avait gagné. Point. Une victoire obtenue chez le Maroc, dans une finale, avec tout ce que cela implique en pression et en mérite. Normalement, dans le football, cela suffit pour être sacré. Mais visiblement, à la CAF, non. En s’abritant derrière les articles 82 et 84 pour transformer un incident de fin de match en défaite administrative 3-0, l’instance ne rend pas justice : elle confisque un titre.
Oui, le départ du terrain est condamnable. Oui, il mérite une sanction. Mais effacer une victoire acquise sur la pelouse ? C’est une décision injuste, et surtout destructrice pour l’image du football africain. Et c’est là que la communication de Motsepe devient presque provocante. Parler de «perception d’impartialité» alors que toute l’Afrique doute, c’est refuser de voir l’évidence. Quand une décision provoque un tel rejet, ce n’est pas un problème de perception, c’est un problème de crédibilité.
La main noire de Lekjaa
Dans ce climat, l’ombre de Fouzi Lekjaa plane forcément sur le dossier. Non pas sur la base de preuves établies, mais parce que ce type de décision, aussi radicale, dans un contexte aussi sensible, alimente mécaniquement les soupçons. Et la CAF, au lieu de les dissiper, les renforce par son opacité. Le plus grave, au fond, ce n’est même pas le résultat final. C’est le message envoyé : peu importe ce qui se passe sur le terrain, tout peut être renversé dans les bureaux. Le mérite devient secondaire, le règlement devient une arme, et le football perd son sens.
Se retrancher maintenant derrière un éventuel recours au Tribunal arbitral du sport n’efface rien. Cela donne même l’impression d’une institution qui se défausse, incapable d’assumer l’onde de choc de sa propre décision. Ce dossier restera comme un crime contre le football africain. Pas une polémique passagère. Pas un simple scandale. Mais un moment où la confiance a été brisée.
Et une fois que cette confiance disparaît, ce ne sont pas des discours qui la réparent.
K. M.





