EN : Petkovic brouille les pistes avant le Mondial

Publié le : 20 Avril 2026

Le nul décroché face à l’Uruguay (0-0) n’a pas seulement servi de test grandeur nature face à une opposition de haut niveau, il a surtout relancé le débat autour des choix tactiques de Vladimir Petkovic.

 

Le retour à un système à trois défenseurs centraux, matérialisé par un 3-4-2-1 discipliné et compact, a offert des garanties défensives évidentes. Mais au-delà de cette copie aboutie dans l’organisation, une question se pose : s’agit-il d’une véritable révolution ou simplement d’une adaptation circonstancielle à l’adversaire ? À l’approche de la Coupe du monde, où l’Algérie affrontera d’entrée l’Argentine avant de croiser la Jordanie puis l’Autriche, la réponse pourrait bien se situer entre les deux.

 

Un plan pour l’Argentine ?


Face à l’Uruguay de Bielsa, l’EN a montré qu’elle pouvait évoluer en bloc bas, discipliné, capable de fermer les espaces et de résister à une forte intensité. Des ingrédients qui pourraient logiquement être reconduits face à l’Argentine lors du premier match du Mondial. Le 3-4-2-1 semble, dans ce contexte, une option crédible, voire naturelle, pour contenir la puissance offensive albiceleste emmenée par l’increvable Léo Messi et éviter une entame compliquée.


Cependant, ce système a aussi mis en lumière certaines limites, notamment sur le plan offensif. L’Algérie a peiné à se projeter avec justesse, manquant de présence dans la surface et de créativité dans l’avant-dernière passe. Si l’objectif face à l’Argentine peut être avant tout de ne pas perdre, Petkovic sait qu’il devra proposer davantage dans les rencontres suivantes s’il veut passer ce premier tour.

 

Un panel tactique élargi


C’est là que réside toute la subtilité de la démarche actuelle. Le sélectionneur ne semble pas vouloir s’enfermer dans un seul schéma. Face à la Jordanie, un adversaire a priori plus accessible, l’Algérie pourrait revenir à un système plus offensif, comme le 4-2-3-1, capable d’occuper le terrain et de mieux exploiter la qualité intrinsèque de ses joueurs. Ce dispositif offrirait également un cadre plus favorable à Ryad Mahrez. Relégué sur le banc face à l’Uruguay en raison des exigences physiques du match, le capitaine reste une pièce maîtresse. Son profil s’exprime davantage dans une animation offensive structurée, avec des repères clairs sur les côtés. Malgré les interrogations nées de ses prestations irrégulières ces derniers mois, la tentation de s’appuyer sur son expérience et sa capacité à faire la différence devrait logiquement s’imposer. Petkovic pourrait même aller plus loin dans sa réflexion. L’option d’un 3-5-2, avec deux attaquants complémentaires, n’est pas à exclure, notamment si le sélectionneur parvient à stabiliser son milieu défensif. Une alternative qui dépendra aussi du profil des joueurs disponibles et de leur forme à l’approche de la compétition.

 

Une vision tournée vers l’avenir


Le stage de mars aura, en tout cas, permis de lever le voile sur les intentions du sélectionneur. Longtemps perçu comme prudent, voire conservateur, Petkovic semble désormais prêt à élargir son registre. Une évolution qui intervient à un moment clé, alors que la Coupe du monde représente son objectif principal. Initialement focalisé sur cette échéance, qu’il imaginait comme un aboutissement, le technicien suisse paraît désormais s’inscrire dans une logique plus durable. Les discussions autour d’une prolongation de contrat avec la FAF ont visiblement influencé sa vision, l’incitant à préparer également l’avenir. Car au-delà du Mondial, la CAN reviendra rapidement, avec des éliminatoires prévues dès septembre et un calendrier chargé qui offrira de nouvelles opportunités d’expérimentation.


Dans ce contexte, la « révolution » tactique observée face à l’Uruguay p
ourrait bien n’être qu’un premier signal. Avec l’intégration progressive de nouveaux joueurs depuis la CAN et une concurrence accrue à tous les postes, Petkovic dispose aujourd’hui de davantage de leviers. Comme l’a souligné Hassan Yebda, les difficultés passées relevaient autant des choix que de l’exécution. Désormais, le sélectionneur a les moyens de corriger le tir. Plus imprévisible, plus flexible, l’Algérie version Petkovic avance avec une idée claire : ne plus être une équipe lisible. À quelques mois du Mondial, cette capacité à surprendre pourrait devenir sa principale arme.
S. M. A.