Rhulani Mokwena a foulé le tarmac sud-africain avec un large sourire. De retour dans sa mère patrie, l’entraîneur du MC Alger retrouvait Johannesburg, sa ville natale, et Pretoria, théâtre de ses plus belles années professionnelles.
Ancien patron des Mamelodi Sundowns, qu’il tentera d’éliminer samedi en Ligue des champions africaine, il connaît chaque recoin de cette terre qui l’a vu grandir. A son arrivée, des membres de sa famille étaient présents pour l’accueillir. Embrassades, accolades, regards complices. Le décor aurait pu prêter à la nostalgie. Mais derrière cette image chaleureuse se cache une réalité bien différente : Mokwena n’est pas revenu pour feuilleter l’album de ses souvenirs. Il est en mission. Après cinq journées dans le groupe C, un seul point sépare le Mouloudia, deuxième, des Sundowns, troisièmes. Le calcul est simple, presque cruel : le vainqueur compostera son billet pour les quarts de finale, le perdant quittera la compétition. Dans ce contexte, les sentiments n’ont pas leur place.
L’héritage Mosimane
Ce déplacement a une résonance particulière pour le technicien sud-africain. C’est ici, à Chloorkop, que son destin a basculé sous l’aile de Pitso Mosimane. À l’époque, Mosimane avait surpris tout le monde en le propulsant des U19 vers l’équipe première pour en faire son adjoint. « Quand je l’ai recruté depuis les U19 pour devenir mon assistant chez les seniors, un journaliste m’a demandé de justifier ma décision. Je lui ai simplement dit qu’avec le temps, Rhulani serait meilleur que moi », racontait Mosimane. Une déclaration forte, presque prophétique, qui avait laissé la salle perplexe. Beaucoup doutaient. Peu comprenaient la vision du technicien sud-africain, qui ira jusqu’à rappeler Mokwena dans son staff après son licenciement de Chippa United. « Je ne pouvais pas étouffer ce talent que peu de gens connaissaient », affirmait-il. Les années ont passé, et le parcours de Mokwena semble aujourd’hui donner du poids à ces mots.
“Tout le monde mérite une chance”
S’il y a un principe que Mokwena revendique, c’est celui de la transmission. Donner une opportunité, comme on lui en a donné une.
« En tant qu’entraîneurs, nous avons deux responsabilités : offrir des opportunités aux jeunes et les aider à réaliser leur potentiel », explique-t-il régulièrement. Pour lui, le talent ne demande qu’une porte ouverte, que ce soit dans le football, dans l’administration sportive ou même dans le journalisme. « Si je suis ici aujourd’hui, c’est parce que le coach Pitso Mosimane m’a donné une chance. Tout le monde mérite une chance. » Une philosophie qu’il tente d’insuffler au Mouloudia d’Alger, convaincu que son effectif possède des ressources encore inexploitées.
Nager à contre-courant de son passé
Mais samedi, il n’y aura ni retrouvailles prolongées ni hommage appuyé. Ce retour n’a rien d’un pèlerinage sentimental. L’élève retrouve son ancien club, certes, mais avec une seule obsession : gagner. Mokwena évolue à Johannesburg comme un poisson dans l’eau. Il connaît la culture, la pression, l’environnement, les exigences. Mais cette fois, il nage à contre-courant de son passé. Pour continuer l’aventure en Ligue des champions africaine, il devra faire tomber la maison qui l’a construit. Et prouver, peut-être une fois de plus, que la prophétie de Mosimane n’était pas un simple compliment.
B. B.





