Sacré champion d’Algérie après avoir atteint la barre des 62 points, le MC Alger termine sa saison sur les rotules. Si le titre est assuré, le terrible contraste entre l'ère Mokwena et le mandat de Khaled Ben Yahia suscite des doutes.
Le soulagement l'emporte sur l'euphorie. En décrochant sa Décima grâce à un matelas de points confortable accumulé en amont, le MC Alger a mis fin au suspense face au MB Rouissat. Mission accomplie sur le plan comptable, mais l'essentiel est ailleurs. Depuis le passage de témoin sur le banc, l'équipe affiche un visage méconnaissable. La cohérence globale du projet de jeu et la gestion humaine du staff technique se trouvent aujourd'hui au centre des débats.
Un gouffre statistique entre lui et Mokwena
Pour mesurer l'ampleur de la régression, il suffit de mettre les chiffres en perspective. Sous la coupe de Rhulani Mokwena, le MCA marchait sur le championnat avec une régularité de métronome. En 20 rencontres, le technicien sud-africain avait amassé pas moins de 46 points sur 60 possibles, affichant une moyenne stratosphérique de 2,30 points par match pour seulement deux petites défaites. Le bloc était alors un coffre-fort hermétique avec seulement 8 buts encaissés. Une dynamique de champion total qui a permis de creuser le fossé avec la concurrence. Le relais pris par Khaled Ben Yahia a brisé cette belle mécanique. En 10 matches disputés sous ses ordres avant l'ultime journée du 5 juin, le bilan s'est effondré. Le Tunisien affiche un bilan comptable indigne d'un leader avec 5 victoires, 1 nul et surtout 4 défaites, soit presque un match perdu sur deux. La moyenne de points a chuté à 1,60 par match, un rythme de milieu de tableau. Plus grave encore, la solidité défensive a volé en éclats, l'équipe concédant 10 buts en 10 matches. Ce surplace généralisé prouve que le MCA a consommé son avance accumulée plutôt qu'il n'a dominé sa fin de parcours.
Des choix tactiques et humains qui interrogent
Le voyage à Sétif, dénué de tout enjeu sportif direct puisque le bouclier de champion était déjà acquis, offrait une occasion idéale pour préparer l'exercice suivant. C'était le moment parfait pour lancer des signaux clairs sur l'avenir de l'effectif, tester les forces en présence ou valider le potentiel des éléments les moins utilisés. Au lieu de cela, les décisions de Khaled Ben Yahia ont provoqué la stupeur générale. La titularisation ou l'incorporation de Larbi Tabti, alors que le joueur a lui-même publiquement annoncé sa décision de ne pas renouveler son bail à la fin de la saison, relève de l'hérésie managériale. Pourquoi consommer du temps de jeu avec un élément sur le départ quand l'avenir du club s'écrit au présent ? Cette obstination incompréhensible s'est faite au détriment direct de la jeunesse prometteuse du club. Des espoirs comme Hedroug ou Satta, qui ont pourtant fait le déplacement avec le groupe pro jusqu'à Sétif, ont été purement et simplement écartés de la feuille de match au dernier moment. Cette mise à l'écart prive le club d'un vivier de qualité et brise la dynamique d'intégration des jeunes talents, une politique pourtant indispensable pour un champion en titre. Les fans n'arrivent plus à suivre la logique d'un entraîneur, dont les options semblent déconnectées des réalités et des intérêts à moyen terme de l'institution.
L'immense défi de l'Afrique et les craintes pour 2027
La perspective de voir la direction maintenir sa confiance à Khaled Ben Yahia, dont le contrat court jusqu'en juin 2027, s'apparente à un risque majeur pour de nombreux observateurs. Les supporters partagent une analyse simple : si le coach actuel n'a pas su gérer une fin de championnat confortable avec un avantage comptable immense, comment parviendra-t-il à maintenir le cap la saison prochaine ? Le calendrier à venir s'annonce dantesque. Le club devra ferrailler sur tous les fronts, avec l'exigence suprême de la Ligue des Champions, la défense du titre national et la Coupe d'Algérie. Face à des cylindrées continentales et un rythme de matches infernal, les approximations managériales constatées ces dernières semaines ne pardonneront pas. Le MC Alger est champion, mais le roi est nu. En dilapidant l'héritage de ses devanciers par des choix incohérents et une gestion frileuse des jeunes, Khaled Ben Yahia a épuisé son crédit. Conserver le technicien tunisien jusqu'en 2027 représente un pari hautement inflammable à l'aube d'une saison africaine capitale.
A. Z.





