EN : Petkovic II, rien ne sera plus comme avant

Publié le : 20 Juillet 2026 Par : Mohamed Amokrane Smail

Le maintien de Vladimir Petkovic est désormais acté. Après plusieurs semaines de spéculations, de réunions et d'évaluations, la FAF a choisi la continuité. 

Une décision qui referme un chapitre, mais qui en ouvre un autre, sans doute encore plus délicat. Car à partir du 1er août, date annoncée pour la reprise du travail du sélectionneur en vue du prochain stage prévu le 21 septembre, une nouvelle réalité s'imposera : celle d'un entraîneur maintenu, mais fragilisé. L'ère Petkovic II ne ressemblera en rien à la première. Elle débutera dans un climat de méfiance, avec un sélectionneur qui sait désormais que son avenir a été discuté, évalué et parfois remis en question jusque dans les plus hautes sphères de la Fédération.

 

Les prochaines semaines diront si cette confiance, aujourd'hui ébranlée, peut encore être reconstruite. Ce qui inquiète davantage, en revanche, c'est que cette nouvelle étape s'ouvrira en pleine campagne des éliminatoires de la CAN2027, un rendez-vous qui exige sérénité, stabilité et cohésion afin de permettre à la sélection de retrouver son équilibre et d'éviter une nouvelle crise.

 

Une confiance brisée

 

Au-delà de la décision finale, c'est le chemin emprunté par la FAF qui risque de laisser des traces. La réunion du Collège technique, les critiques formulées sur le contenu du jeu, les discussions autour d'un remaniement du staff et les différents scénarios envisagés pour l'avenir du sélectionneur ont profondément changé le rapport entre les deux parties. Même si le Bureau fédéral s’apprête à valider la poursuite de l’aventure avec Petkovic, le message envoyé est sans équivoque : le crédit dont il bénéficiait n'est plus le même.

 

Le technicien suisse revient donc dans un environnement où il ne retrouvera plus sa zone de confort. Son plus proche collaborateur, Davide Morandi, est annoncé sur le départ, tandis que plusieurs techniciens locaux pourraient intégrer le staff. Pour un entraîneur habitué à travailler avec un cercle restreint de confiance, cette nouvelle configuration constitue un changement majeur. Reste à connaître sa réaction. Acceptera-t-il cette nouvelle organisation sans réserve ou considérera-t-il ces décisions comme une remise en cause de son autorité ? C'est probablement la première interrogation qui l’accompagnera avant son retour en Algérie.

 

Le risque d'un bras de fer

 

Les derniers événements ont laissé apparaître une relation beaucoup plus tendue entre la FAF et son sélectionneur. Au lendemain de l'élimination contre la Suisse, Petkovic semblait proche d'un départ. Quelques jours plus tard, le discours avait radicalement changé. Convaincu d'avoir rempli les objectifs qui lui avaient été fixés, le technicien suisse a choisi de s'accrocher à son contrat. Face à cette position, la FAF a exploré d'autres voies. La saisine du Collège technique, puis les réflexions autour d'un remodelage du staff, ont été interprétées comme une manière de reprendre la main sur un dossier devenu particulièrement sensible.

 

Le problème est que Petkovic n'a jamais signé un contrat lui garantissant la présence de tel ou tel adjoint. Juridiquement, la Fédération dispose donc d'une marge de manœuvre pour modifier son encadrement. Mais rien ne dit que le Suisse acceptera facilement de travailler dans ces nouvelles conditions. Dès lors, le risque d'un bras de fer discret, mais permanent, entre les deux parties paraît bien réel.

 

Le vestiaire sera observé

 

L'autre grande inconnue concerne le groupe lui-même.

Durant la Coupe du monde, plusieurs échos ont fait état de tensions internes. Certains choix tactiques, certaines compositions d'équipe et la gestion de plusieurs joueurs auraient alimenté un malaise au sein du vestiaire. Le maintien de Petkovic ne fera pas disparaître ces interrogations. Bien au contraire. Le prochain stage permettra rapidement de mesurer si le groupe adhère toujours au discours de son sélectionneur ou si les fissures apparues durant le Mondial sont encore présentes. Les nouveaux adjoints, s'ils sont confirmés, auront sans doute pour mission de recréer du lien entre le staff et les joueurs, notamment les binationaux, un peu trop sensibles à la débandade vécue lors de l’expédition américaine, d’où l’envie de la FAF de faire appel à quelqu’un comme Antar pour encadrer ce beau monde.  Car une équipe nationale ne peut fonctionner durablement sans une confiance réciproque entre l'entraîneur et son vestiaire. Si cette confiance venait à manquer, les difficultés risqueraient de réapparaître dès les premières échéances.

 

Le temps des réponses

 

Au-delà de l'aspect humain, Petkovic devra surtout convaincre sur le terrain.

Les critiques formulées ces dernières semaines n'ont pas uniquement porté sur les résultats. Elles ont surtout concerné le contenu proposé par les Verts. Deux années après sa nomination, l'équipe peine toujours à dégager une identité de jeu stable. Les problèmes défensifs n'ont jamais été totalement corrigés, l'équilibre du milieu reste fragile et plusieurs choix de joueurs ont suscité de nombreuses interrogations.

 

Le sélectionneur devra donc démontrer qu'il a tiré les leçons de cet été mouvementé. Les joueurs, eux aussi, auront une part importante de responsabilité. Leur Coupe du monde a été loin des attentes et beaucoup devront saisir cette nouvelle campagne pour retrouver leur meilleur niveau. La FAF a choisi la continuité, principalement parce qu'elle estimait qu'une rupture immédiate aurait été difficile à gérer dans le contexte contractuel actuel. Le Collège technique a accompagné cette orientation tout en recommandant plusieurs ajustements.

 

Mais une question demeure : les principaux concernés, les joueurs, adhèrent-ils toujours au projet ? Personne ne les a véritablement consultés. Pourtant, ce sont eux qui devront appliquer les consignes sur le terrain et porter les ambitions de la sélection. La prochaine rentrée dira si l'été 2026 n'aura été qu'un épisode de turbulences, ou le début d'une cohabitation compliquée entre un sélectionneur fragilisé, une Fédération méfiante et un groupe qui devra rapidement retrouver une unité indispensable aux futures échéances.

 

Mohamed Amokrane Smail