EN : les leçons de Marrakech

Publié le : 12 Janvier 2026

Les propos de Baghdad Bounedjah à propos du choix du sélectionneur de jouer sans véritable avant-centre et de se contenter d’Amoura méritent aujourd’hui une réflexion approfondie. 

 

Plus qu’un simple débat tactique, cette option, loin d’être anodine, a pesé lourd dans le sort du quart de finale face au Nigeria et doit désormais servir de leçon pour l’avenir de la sélection nationale. Le constat avait déjà été fait dès le huitième de finale contre la RDC. Ce jour-là, Petkovic avait surpris plus d’un observateur en lançant l’attaquant de Wolfsburg en position de numéro 9. Or, l’enfant de Jijel ne possède ni le gabarit, ni les caractéristiques, ni les compétences d’un avant-centre capable de tenir tête aux défenses africaines, souvent féroces et très agressives dans les duels.

 

Cette CAN a une nouvelle fois rappelé une réalité incontournable : l’Afrique ne pardonne pas les approximations à ce poste clé. Tout le monde a vu comment l’entrée en jeu de Bounedjah face à la RDC avait immédiatement redonné du poids à l’attaque algérienne, permettant à Boulbina de conclure le match avec brio. Petkovic lui-même avait reconnu son erreur en conférence de presse d’après-match, avouant qu’il s’attendait à une chose et qu’il en avait finalement trouvé une autre. Un aveu passé presque inaperçu, mais qui aurait dû constituer un signal fort pour la suite de la compétition. Pourtant, cette leçon n’a pas été pleinement assimilée.

 

Amoura en pointe, une mauvaise option

 

Aligné une nouvelle fois en tant qu’avant-centre face au Nigeria, Amoura n’a rien pu faire. Certes, les Super Eagles avaient montré certaines carences défensives lors des premiers matches du tournoi, mais face à deux défenseurs centraux de grand gabarit, reconduire Amoura sans ajustements tactiques — ni jeu dans la profondeur, ni animation dans les intervalles — ne pouvait qu’aboutir à une impasse. Le résultat a été sans appel. Amoura a ainsi livré un deuxième match consécutif sans impact réel, semblant courir après un but qui ne viendrait jamais dans cette CAN. Une situation frustrante pour le joueur, mais surtout révélatrice d’un choix qui n’a pas fonctionné.

 

Failles en défense, autre enseignement majeur

 

Sur le plan défensif, Amoura n’était évidemment pas le seul choix discutable. Là aussi, Marrakech a livré une leçon importante. Jouer avec un axe défensif réduit à deux éléments face à des attaquants comme Osimhen, Lookman ou Adams représentait un pari risqué. Des joueurs puissants, rapides et capables de faire la différence à la moindre faille. La défense algérienne a craqué, et les difficultés déjà perceptibles entre Mandi et Bensebaïni sont apparues au grand jour. Petkovic avait pourtant la possibilité de sécuriser son arrière-garde en passant à trois dans l’axe. Chaque fois que Belaïd a rejoint le duo Mandi-Bensebaïni, l’équipe nationale a terminé ses matches avec davantage de sérénité.

 

Certes, les blessures de Tougaï et Chergui compliquaient les choix, mais à ce stade de la compétition, l’audace était permise. Un système en 3-5-2, voire en 3-4-3, aurait permis de renforcer l’assise défensive tout en offrant plus de solutions offensives. Les choix au milieu et sur les côtés ont également soulevé des interrogations. La titularisation de Zerrouki, auteur d’une prestation en dessous des attentes, tout comme celle du duo Chaïbi-Maza, a montré les limites d’une formule qui avait pourtant fonctionné plus tôt dans le tournoi. Maintenir Chaïbi 90 minutes sur l’aile gauche, sans véritable impact ni soutien, a fini par bloquer totalement ce couloir. Autant de décisions qui, mises bout à bout, expliquent en grande partie la sortie prématurée des Verts.

 

Enfin, les changements tardifs, devenus une constante durant cette CAN, constituent une autre leçon de Marrakech. Face au Nigeria, alors que l’équipe était en difficulté dès le début de la seconde période, il fallait réagir plus vite. Attendre l’heure de jeu a permis à l’adversaire de prendre confiance et de plier définitivement la rencontre. Cette élimination en quarts de finale doit donc être analysée avec lucidité. Les propos de Baghdad Bounedjah traduisent un malaise partagé dans le vestiaire, même si peu osent l’exprimer publiquement. Marrakech doit marquer un tournant. Car si ces leçons ne sont pas tirées dès maintenant, notamment en vue de la Coupe du monde, les mêmes erreurs risquent de coûter encore plus cher face à des adversaires d’un tout autre calibre.

S. M. A.