EN : Comment arrêter Messi

Publié le : 14 Juin 2026

Rares sont les équipes et les entraîneurs qui peuvent se targuer d’avoir réellement réussi à éteindre Lionel Messi. Au-delà de son talent technique hors normes, l’Argentin se distingue surtout par une intelligence de jeu exceptionnelle, une capacité à comprendre les espaces, à anticiper les mouvements et à orienter le rythme d’un match avec une lucidité presque unique dans l’histoire du football.

 

Face à un tel profil, les plans défensifs classiques se heurtent souvent à une réalité simple : Messi ne se subit pas, il se lit. Pour Vladimir Petkovic, le défi est immense à l’approche du premier match de l’Algérie face à l’Argentine en Coupe du monde 2026. Comme d’autres grands techniciens avant lui comme par exemple José Mourinho, Pep Guardiola ou Carlo Ancelotti, le sélectionneur des Verts sait que ce type de préparation dépasse la simple tactique. Elle devient une véritable obsession d’analyse, un travail de précision destiné à réduire l’influence d’un joueur capable de dicter à lui seul le tempo d’une rencontre.

 

Un joueur impossible à neutraliser de manière individuelle

 

Le consensus est clair dans le monde du football moderne : il est presque impossible de neutraliser Messi par un marquage individuel strict. Son intelligence de déplacement, sa capacité à décrocher et à apparaître entre les lignes rendent toute assignation personnelle inefficace sur 90 minutes. L’Argentin ne se contente pas de recevoir le ballon, il choisit le moment et la zone, ce qui oblige les équipes adverses à penser en termes collectifs plutôt qu’en duel direct.

 

Aujourd’hui, alors qu’il est sur le point d’avoir 39 ans, le traitement du cas Messi a évolué. Selon le journaliste argentin Leandro Martín Contento, la meilleure solution actuelle repose désormais sur une approche collective structurée, que l’on peut qualifier de marquage en escalier. Il explique : «Messi est sur le point d’avoir 39 ans, la meilleure solution semble être un marquage en escalier. Autrement dit, Messi doit passer différents filtres avant d’atteindre la surface de réparation. Dans ce sens, Messi conserve encore sa technique, mais beaucoup moins sa vitesse et son explosivité. Ainsi, avec ce type de marquage, il est obligé de donner le ballon à un coéquipier ou de jouer en retrait. De cette façon, si un défenseur ne parvient pas à l’arrêter, un autre arrive ensuite, puis encore un autre, jusqu’à le stopper. C’est ainsi que certaines rares sélections ont réussi à le neutraliser, même si beaucoup d’autres ont essayé cette méthode sans y parvenir. Le problème pour les adversaires, c’est que l’Argentine possède beaucoup d’autres joueurs de très haut niveau. Donc, se concentrer uniquement sur Messi peut libérer d’autres joueurs importants et décisifs. Il est vraiment difficile de marquer Messi, mais aussi de contenir toute l’équipe d’Argentine dans son ensemble. »

 

L’enseignement du LAFC : fermer les espaces plutôt que de suivre le joueur

 

Rencontré ici à Lawrence, l’analyste vidéo algérien Farid Hadj Moussa, travaillant pour Lexington SC en USL Championship, s’appuie sur une référence récente particulièrement intéressante : la victoire du LAFC face à l’Inter Miami (3-0) en MLS. Lors de cette rencontre, Messi n’a ni marqué ni délivré de passe décisive et a été largement neutralisé dans les zones dangereuses. « Le LAFC évoluait dans un 4-3-3 qui se transformait en 4-1-4-1 sans ballon, avec un bloc médian compact et des lignes très resserrées. L’objectif n’était pas de suivre Messi individuellement, mais de lui retirer ses espaces de réception, analyse-t-il. Trois principes ont marqué cette performance : fermeture de l’axe central pour empêcher Messi de recevoir face au jeu, coupure des lignes de passe entre le milieu et l’attaque et obligation pour Messi de décrocher très bas, loin des zones de finition et il a fini par s’effacer au fil des minutes.»   Le constat est simple : plus Messi est éloigné du but, moins il est dangereux. Le secret n’est donc pas le marquage, mais le contrôle des espaces autour de lui.

 

L’éclairage de Diario Olé : les rares cas où Messi a été muselé

 

Le journaliste argentin Hernán Claus du journal Diario Olé nous rappelle que les matchs réellement difficiles pour Messi restent extrêmement rares. Il cite notamment la défaite de l’Argentine face à l’Uruguay (0-2) à la Bombonera, où Manuel Ugarte avait été chargé d’un marquage ciblé, mais surtout où l’organisation collective uruguayenne avait parfaitement fonctionné. « Même dans ce type de scénario, ce n’est jamais un joueur seul qui neutralise Messi, mais bien une structure collective disciplinée, fait-il remarquer, avant d’ajouter que « l’Argentine s’organise en accordant des libertés spécifiques à Messi, tout en maintenant un bloc défensif global cohérent. »

 

Option 1 : un 3-4-3 pour densifier l’axe et piéger Messi

 

Dans une première configuration, Petkovic pourrait opter pour un 3-4-3 orienté vers le contrôle des demi-espaces. Dans ce schéma, Hadjam serait aligné en défenseur central gauche afin de renforcer la couverture du couloir, tandis que Rayan Aït-Nouri évoluerait en piston gauche, avec un rôle entre projection et repli. Le double pivot, potentiellement autour de Zerrouki, aurait une mission centrale : empêcher Messi de se retourner dans l’axe et fermer les intervalles. L’idée principale serait de créer une prise à trois constantes sur Messi, en combinant défenseur axial, milieu défensif et piston, afin de limiter ses zones de réception et sa capacité à se projeter.

 

Option 2 : un 4-3-3 compact et discipliné

 

La seconde option serait plus prudente avec un 4-3-3 compact. Aït-Nouri conserverait son rôle de latéral gauche, garantissant l’équilibre défensif de la ligne arrière. Sur le côté gauche du milieu, Petkovic pourrait confier ce rôle à Zerrouki, alors que sur le couloir gauche de l’attaque un profil comme Amoura, Chaïbi ou Maza pourrait être utilisé avec des consignes strictes de repli et de couverture.

Quel que soit le système choisi, une évidence s’impose : contenir Lionel Messi ne relève jamais d’un duel individuel. C’est une construction collective, une discipline et une gestion parfaite des espaces. Pour Vladimir Petkovic, l’enjeu ne sera pas de faire disparaître Messi du match, mais de limiter son influence dans les zones où il transforme une action en décision. Face à un joueur qui a fait de la lecture du jeu une science, la seule réponse viable reste une organisation collective irréprochable.

O. M.