Face à la grande joie d’une partie du public local après la sortie des Verts de la compétition, une autre réalité saute aux yeux : les répercussions directes et négatives de cette élimination sur l’ambiance générale de la Coupe d’Afrique des nations.
Malgré la présence du pays organisateur dans le dernier carré du tournoi, la CAN semble avoir perdu une grande partie de son âme au lendemain de l’élimination amère de l’équipe nationale d’Algérie face au Nigeria. Déjà le 7 janvier, au lendemain du huitième de finale remporté contre la RDC, il était difficile d’imaginer que Rabat était la même ville que la veille, la programmation du match suivant à Marrakech avait provoqué un déménagement collectif vers la ville ocre. Depuis le coup d’envoi du tournoi, fin décembre, la capitale vivait au rythme de la CAN. En l’espace de quelques heures, les rues se sont vidées. Hormis quelques affiches visibles çà et là rappelant que la compétition se poursuit sur le territoire marocain, tout donnait l’impression d’un lendemain de finale. Il faut dire que seuls les supporters algériens avaient véritablement réussi à mettre la population locale à l’heure de la CAN, attirant curiosité, ferveur et animation.
En dehors des matches de la sélection locale, l’événement peinait à créer une véritable effervescence auprès des Rabatis, bien différente de celle observée une semaine plus tôt. Un simple passage, hier, du côté de la place de Bab El-Hed a suffi pour mesurer l’ampleur du changement. Les petits commerces autrefois envahis par les supporters algériens sont désormais déserts. Cafétérias sans clients, vendeurs de maillots à l’arrêt, absence totale de ces foules vêtues du maillot national qui animaient quotidiennement l’ancienne ville. Plus de baffles bluetooth, plus de chants ni de danses, même le fourgon de la police locale, habitué à surveiller chaque mouvement des centaines de fans, a disparu. La scène rappelle étrangement le jour de notre arrivée sur place le 20 décembre dernier, lorsque les fans des Verts commençaient à peine à arriver dans la capitale marocaine, l’ambiance aussi rappelle le lendemain d’une finale perdue par le pays organisateur…
Marrakech et Rabat désertées
Les commerçants commencent d’ailleurs à prendre conscience de ce manque. Beaucoup reconnaissent avoir perdu ce «grain de sel» qui a donné au tournoi l’ambiance nécessaire, et ce coup de pouce considérable à leurs chiffres d’affaires qui a grimpé comme jamais…surtout après une période marquée par une série de manifestations sociales ayant affecté la sérénité du pays à quelques semaines du coup d’envoi de la CAN.
La compétition reprend certes ses droits ce soir à Tanger et à Rabat, les deux seules villes encore en course avant le match de classement prévu à Casablanca.
Les klaxons résonneront sans doute lorsque des milliers de supporters marocains se dirigeront vers les stades. Mais il manquera cet élément particulier, cette motivation tacite liée à la perspective d’affronter l’Algérie et de la battre en demi-finale. Entre le souhait de voir les Verts rentrer plus tôt et l’envie de les affronter avec l’espoir d’avoir le dernier mot, beaucoup ont fini par comprendre qu’ils avaient perdu gros. Certains commerçants rencontrés hier l’admettent sans détour : le coup est dur, parfois fatal. Il ne leur reste qu’une clientèle européenne, surtout visible le week-end, d’autant plus que les trois autres sélections du dernier carré ne se sont pas déplacées avec un public nombreux et structuré.
À Marrakech, même constat. Lors de notre séjour dans la ville ocre, au lendemain de l’élimination algérienne, seuls la gare ferroviaire et l’aéroport grouillaient de monde. La mythique place Djamaâ El-Fna, qui chantait et dansait au rythme des musiques algériennes, est devenue presque fantomatique. Le choc subi par l’équipe nationale et son élimination ont laissé un vide perceptible. Ce sont les villes qui ont accueilli les supporters algériens qui en ressentent aujourd’hui les effets. Malgré tout ce qui s’est dit, malgré les tentatives de limiter son accès aux stades ou de ternir son image, le public algérien aura incontestablement été la cerise sur le gâteau de cette CAN.
S. M. A.





