Lounès Hattab : «Chapeau à Benstiti et ses joueuses !»

Publié le : 11 Août 2026 Par : Smail M. A.

Installé en 2025 comme directeur technique national de la Fédération ivoirienne de football, Lounès Hattab fait partie de ces Algériens qui font fonctionner la planète football dans la discrétion, mais pas pour longtemps. Le travail entamé à la FIF pourrait bientôt devenir visible. Chargé de structurer la formation en Côte d’Ivoire, après un parcours dans le football amateur francilien, Hattab entame une aventure africaine qui sera suivie de près. Avec son pays, l’Algérie, dans un coin de sa tête, il ne rate pas les performances de nos sélections, dont la dernière en date, celle de Benstiti avec l’EN féminine. 

 

Vous avez été installé en 2025 comme DTN de la Fédération ivoirienne de football. Pouvez-vous nous parler de vos projets et de ce qui a été fait jusqu’ici ?

J’ai été recruté début février 2025. J’avais rédigé le projet technique national à la suite d’entretiens avec le président et le vice-président de la FIF, qui m’ont fait part de leur vision fédérale. Au départ, ils m’ont dit : «Envoyez-nous votre projet. » Je leur ai alors dit que je ne pouvais pas le faire tant que je ne connaissais pas leur vision fédérale, car mon projet devait coller à la vision du président. Lorsqu’ils m’en ont fait part, nous avons pu commencer le travail.

 

Sur quoi leur politique technique nationale ivoirienne est-elle axée ?

Il y a l’axe de la performance, avec les sélections nationales. Moi, je suis responsable des sélections U23, U20, U17, U16 et U15, garçons et filles. En fait, j’ai créé les sélections U15 et U16, car il y avait aussi la détection au niveau national. Nous avons lancé un projet de détection dans 12 ligues régionales et plus de 50 villes sur le territoire national. Nous détectons les U12 et les meilleurs U14, car ils rentrent directement dans la première sélection nationale, que sont les U15, et les meilleurs U12 parce que l’année suivante, on essaye de prendre les meilleurs U13 pour les faire entrer dans l’académie fédérale.

J’ai créé cette académie, qui ouvrira ses portes au mois de septembre. Nous avons sillonné l’ensemble du territoire national, nous avons vu environ 16 000 enfants, pour en retenir 18 qui entreront au mois de septembre à l’académie fédérale à Abidjan.

 

Pour les Africains en général et spécialement chez nous, en Algérie, quand on parle de formation en Côte d’Ivoire, on pense à la célèbre académie Jean-Marc Guillou de l’ASEC du début des années 2000. Où en est cette académie ? On n’entend pas forcément parler d’elle ces dernières années. Est-ce que cette académie que vous vous apprêtez à lancer est née parce que les clubs n’arrivent peut-être plus à former comme avant ?

L’ASEC Abidjan existe toujours. C’est vraiment une structure de très haute qualité, un club professionnel de la Ligue 1 qui fait régulièrement la Coupe d’Afrique, mais qui a aussi une politique de formation très intéressante. Ça existe toujours.

Nous, nous avons créé l’académie fédérale pour être complémentaires. Nous travaillerons avec l’élite jeune (U13, U14 et U15) pour préparer la première sélection nationale. On aimerait avoir à notre disposition, à l’académie fédérale, tous les jours de la semaine pendant 11 mois, les gamins qui seront scolarisés chez nous à l’académie.

On veut avoir les 18 à 20 meilleurs pour travailler tous les jours avec eux, avec des séances quotidiennes et biquotidiennes, une scolarité adaptée, un accompagnement médical et une restauration diététique, pour donner la chance à ces meilleurs jeunes de pouvoir atteindre le très haut niveau.

 

Vous avez les infrastructures qu’il faut ?

Oui, nous avons notre Centre technique national à Bingerville, qui a été réhabilité. Il sera donc opérationnel en septembre, avec une capacité très intéressante en chambres pour nos jeunes talents. Nous avons plus de 120 lits. Nous allons accueillir trois promotions (U13, U14 et U15). Nous travaillerons avec eux avec des coachs qui seront mis à disposition par la FIFA et des éducateurs de chez nous, formés par la Fédération ivoirienne de football.

 

Samedi passé, la sélection féminine algérienne a pris le dessus sur la sélection de Côte d’Ivoire et a décroché une qualification méritée pour les demi-finales et au Mondial brésilien. Un joli exploit, n’est-ce pas ?

Moi, je ne suis pas étonné, car je suis de très près ce que fait Benstiti. C’est un très bon sélectionneur. Il fait du très bon travail depuis qu’il est avec les féminines. Il est reconnu, il est passé par de grandes structures, le PSG, Lyon. Moi, je ne suis pas étonné par la qualité de ce qu’il peut apporter aux féminines en Algérie.

 

Vous vous attendiez à cette performance contre les Ivoiriennes que vous connaissez certainement bien ?

Pour moi, c’était du 50/50. J’ai suivi le parcours de nos jeunes joueuses, elles sont performantes et intéressantes. Le carton rouge qu’on a pris nous a réduits à dix, et puis c’est l’une de nos meilleures joueuses qui a été sanctionnée par ce carton rouge. On était amoindris, ça c’est sûr. Mais je tire un coup de chapeau encore une fois à Benstiti et à son groupe de jeunes filles, parce qu’ils ont fait du bon travail.

 

Est-ce que votre direction prend en charge cette sélection féminine ?

Non, seulement les U20, U17 et U15. Les A dépendent directement du président et du vice-président.

 

On revient sur le débat de savoir qui forme : la fédération ou les clubs. Ici, chez nous, cela a donné naissance à de grandes divergences. À partir du moment où l’initiateur du projet de l’Académie du PAC a pris les rênes de la fédération, quel avis portez-vous sur ce point ?

Je n’ai pas forcément d’avis à donner, mais je peux vous assurer que nous essayons de mettre en place une idée selon laquelle les clubs professionnels sont responsables de la formation du futur joueur professionnel. La fédération, de son côté, met en place des modèles pour la préformation.

Notre but, c’est de développer la préformation au niveau du territoire national et de préparer nos premières sélections, qui sont en U15 maintenant. Mais nous avons mis en place un système où nous voulons maintenant labelliser les structures qui font du bon travail, que ce soit les clubs professionnels ou les structures régionales qui font de la préformation.

Nous sommes un modèle incitateur pour promouvoir les structures qui travaillent bien. Nous avons l’ASEC, l’AFAD, San Pedro au niveau des clubs professionnels qui font du bon travail, et nous devons les labelliser. Nous avons aussi les petits clubs et les académies qui, au niveau régional, font du bon travail et que nous devons valoriser.

 

Vous avez longtemps travaillé dans le football francilien et, là, vous avez côtoyé un certain Ali Moucer, qui n’est autre que le DTN de la Fédération algérienne de football. Parlez-nous un peu de vos relations.

Avec Ali, nous avons travaillé ensemble à la Ligue de Paris. C’est quelqu’un que je connais bien. Je le trouve compétent. Il a une très bonne conception du football en général, que ce soit en ce qui concerne la formation des jeunes ou celle des cadres. C’est quelqu’un que je respecte énormément, en tout cas.

 

Vous êtes actuellement dans la gestion administrative. Avez-vous exercé le métier d’entraîneur ?

J’ai entraîné en France et au Moyen-Orient, au Koweït notamment. Je sais ce que je sais, mais le DTN ne peut pas être entraîneur. Le DTN est là pour développer et avoir une vision sur le football national sur dix ans.

 

Lorsque Moucer a été recruté, on a évoqué l’exemple français, qui allait être copié. Êtes-vous d’accord avec cette idée ?

Moi, je suis plutôt favorable à ne pas copier à 100 % le modèle français. Il y a de très bonnes choses qui ont été faites à la FFF, mais il faut aussi s’inspirer de ce qui se fait en Espagne et au Portugal, même dans les pays britanniques et germaniques. Il faut aller chercher là où il y a des idées.

Copier le modèle français, je pense que c’est un peu réducteur pour moi. L’Algérien, de par l’ADN qu’il a, doit être prêt à aller chercher ce qu’il y a de bon en France et dans les autres pays européens.

 

La transition est tout faite. Vous avez évoqué le modèle espagnol et la FAF semble se tourner vers lui, non pas pour la formation, mais pour le poste de sélectionneur national. Trouvez-vous que c’est une bonne idée ?

Je ne sais pas. Le bon sélectionneur, ce n’est pas celui qui est français ou espagnol, mais celui qui fait gagner. Aujourd’hui, l’Algérie a gagné deux CAN avec deux sélectionneurs algériens, ça, il ne faut pas qu’on l’oublie. Maintenant, si on estime que le technicien algérien n’est pas capable de devenir sélectionneur et qu’on doit se tourner vers l’étranger, tout dépendra de comment on veut faire jouer l’équipe, des profils des joueurs qu’on a aussi. Nous avons des joueurs très techniques. Je pense que les entraîneurs hispaniques ou portugais, c’est quelque chose qui peut convenir.

 

Vous avez joué pendant longtemps au Havre AC, un club par lequel Ryad Mahrez est passé, et ce dernier vient d’annoncer sa retraite internationale. Que pouvez-vous nous dire sur son aventure avec les Verts ?

J’ai vu effectivement Riyad au Havre quand il venait d’arriver, très jeune, très talentueux. Je ne suis pas surpris de la carrière qu’il a effectuée. Quand j’ai vu son potentiel, étant jeune, on a compris qu’il avait un avenir certain. L’Algérie a eu la chance d’avoir un joueur comme Riyad, mais il y en a eu d’autres et, incha Allah il y en aura d’autres…

 

On a parlé de tout sauf de vous en tant qu’Algérien. Pouvez-vous nous parler de vos origines et est-ce qu’on peut un jour vous voir intégrer le football algérien et contribuer à sa promotion ?

Je suis Algérien, effectivement, à 100 %. Mes deux parents sont Algériens. Je suis de Tlemcen à l’origine. Je viens régulièrement en Algérie parce qu’il me reste ma maman et elle a besoin de se ressourcer régulièrement à la maison, en Algérie. Donc, actuellement, je suis à Alger, je montre la ville à ma petite famille. Pour ce qui est de l’avenir en Algérie, moi, je suis sous contrat avec la FIF, donc je me concentre sur ma fonction comme DTN en Côte d’Ivoire. Mais si demain il y a une opportunité en Algérie, bien sûr, je serai à la fois fier d’avoir une proposition et très attentif à ce que je peux apporter au football algérien, bien entendu.

S. M. A.