Boukhiba : « Il faut savoir partir avec dignité »

Publié le : 25 Mai 2026

Quelques jours après l’échec cruel dans la course aux play-offs, le président du CSA/MOB, Djamel Boukhiba, revient avec franchise sur une fin de saison douloureuse. Entre immense désillusion, accusations de certains supporters, difficultés financières et annonce de sa démission, il livre un témoignage sincère sur ses 42 mois à la tête du club, marqué par les sacrifices, la passion et l’amour du MOB.

 

Quelques jours après la clôture du championnat, quel regard portez-vous sur la qualification aux play-offs manqués lors de l’ultime rencontre de la saison ?

C’est avant tout un immense choc, une profonde désillusion qu’il est encore difficile d’accepter aujourd’hui. La douleur ressentie est à la hauteur des sacrifices consentis tout au long de cette saison. Nous vivons cela comme un énorme gâchis, tant nous étions proches d’atteindre cet objectif. Après une année marquée par les efforts, les combats, les moments de doute mais aussi beaucoup d’espoir, voir les play-offs nous échapper au dernier instant reste une blessure profonde. Cette saison a été une véritable bataille sur tous les plans, sportif, mental, financier et organisationnel. Malgré les difficultés et les obstacles, nous n’avons jamais abandonné. Nous nous sommes arrêtés à une seule marche des play-offs, alors que cet objectif pouvait ouvrir les portes d’une deuxième accession consécutive, ce qui aurait été exceptionnel pour le club, les supporters et toute la ville. En tant que président ambitieux, je rêvais sincèrement d’offrir ce bonheur collectif à tous ceux qui ont cru en nous, soutenu le club et travaillé dans l’ombre. La frustration est immense, bien sûr, mais cette douleur doit aussi nous servir de leçon et de force pour l’avenir.

 

Certains supporters estiment que l’équipe a affiché un certain relâchement face à Beni Oulbane lors du dernier match. Peut-on connaître votre avis ?

Je vais répondre avec beaucoup de sincérité et de franchise. Derrière cette question, certains vont même plus loin et insinuent que le match aurait été cédé. Et honnêtement, entendre cela est une douleur morale immense après tous les sacrifices consentis pour ce club. Il faut d’abord comprendre une chose ; je ne suis pas simplement un président du MOB. Je suis avant tout un amoureux de ce club, un supporter passionné, quelqu’un qui vit chaque victoire et chaque défaite avec le cœur. Quand j’ai pris la présidence en novembre 2022, j’avais seulement 29 ans. Beaucoup estimaient que c’était une mission impossible dans un contexte très difficile. Le club traversait une période compliquée, avec d’importants problèmes financiers et organisationnels. Malgré cela, avec les dirigeants et les personnes qui m’ont accompagné, nous avons accepté ce défi avec ambition et détermination. Nous avons travaillé sans relâche pour remettre le club sur pied à savoir régler des dettes, restructurer, reconstruire une équipe compétitive et redonner de l’espoir aux supporters. Petit à petit, le stade s’est rempli de nouveau, la ferveur est revenue et nous avons réussi à offrir au MOB une accession historique ainsi qu’une nouvelle dynamique. Cette saison encore, malgré les difficultés financières et les obstacles rencontrés, nous avons continué à nous battre pour offrir un autre rêve aux supporters. Alors je pose sincèrement la question. Pensez-vous réellement qu’après autant de sacrifices humains, financiers et familiaux, à seulement quelques minutes d’un objectif historique, nous aurions volontairement abandonné ? Jamais. J’ai sacrifié énormément pour ce club,  du temps avec ma famille, ma tranquillité, mon énergie et parfois même ma santé. 

 

Selon vous, le mouvement de protestation des joueurs à la veille du match contre Beni Oulbane a-t-il influé sur le rendement de l’équipe ?

Après un échec aussi douloureux, chacun cherche naturellement des explications. Mais honnêtement, je ne pense pas que cela ait été le facteur déterminant. À la veille du match, conscient de l’importance de cette rencontre, j’ai personnellement pris mes responsabilités afin d’éviter toute perturbation du groupe. J’ai même dû emprunter de l’argent à un ami pour pouvoir régler une partie des primes promises aux joueurs et au staff. J’ai rencontré les capitaines ainsi que l’entraîneur afin d’être totalement transparent avec eux. Nous avons réussi à assurer deux primes sur les trois prévues afin d’apaiser les inquiétudes avant cette rencontre décisive. Et sincèrement, cela a eu un effet positif. Après discussion, les joueurs eux-mêmes ont décidé de repousser toute discussion liée aux primes après le match afin de rester concentrés sur l’objectif sportif. 

 

Vous avez récemment publié un communiqué annonçant votre démission. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à prendre cette décision ?

Avant tout, il faut comprendre qu’aimer profondément une institution, c’est aussi savoir reconnaître le moment où il faut partir. Avec le recul, je pense sincèrement que la logique aurait voulu que je me retire dès le début de cette saison, car nous ne disposions pas de toutes les garanties financières et structurelles nécessaires pour mener un projet aussi ambitieux dans les meilleures conditions. Mais l’amour du club a pris le dessus. Avec mes dirigeants, nous avons choisi de continuer malgré les difficultés, convaincus qu’avec du travail, de la détermination et des sacrifices, nous pouvions encore réaliser quelque chose d’important. Pendant toute la saison, nous avons tenu malgré les dettes, les pressions, les critiques et les obstacles. Mais cette fin de saison douloureuse, cette accession manquée aux play-offs après tant d’efforts, a laissé des traces profondes.  Il faut aussi être honnête car une partie des supporters ne croit plus en moi aujourd’hui. Et même si cela me touche profondément, je respecte leur opinion. Le football appartient avant tout aux supporters. Je pars donc avec beaucoup de tristesse, mais aussi avec dignité.

 

Vous devrez prochainement présenter votre démission devant l’assemblée générale. Cette décision est-elle irrévocable ?

Oui, sauf retournement totalement exceptionnel, cette décision est aujourd’hui définitive. Elle a été mûrement réfléchie et ne résulte ni de la colère ni de la déception du moment. C’est déjà la deuxième fois cette saison que j’envisageais sérieusement de me retirer. Cela montre bien que cette réflexion remonte à plusieurs mois. Diriger un club comme le MOB demande énormément de sacrifices : du temps, de l’énergie, des moyens financiers, mais aussi beaucoup d’investissement personnel et familial. À un certain moment, il faut aussi savoir écouter la raison. Le MOB restera toujours une partie importante de ma vie. 

 

Ces derniers mois, des divergences internes au sein du CSA/MOB ont été évoquées, notamment après les démissions de Hamour, Natouri et d’autres membres. Quel commentaire faites-vous à ce sujet ?

Dans toute institution sportive, surtout dans un club passionnel comme le MOB, il est normal qu’il puisse exister des divergences de vision ou des moments de fatigue et de pression. Gérer un club dans des conditions difficiles n’est jamais simple. Certains choisissent parfois de prendre du recul pour préserver leur sérénité, mais cela ne signifie pas forcément qu’il existe des conflits profonds. Concernant Monsieur Natouri, par exemple, il ne faut pas interpréter son retrait comme une rupture. Malgré sa prise de distance sur certains aspects visibles, il a continué à apporter son soutien et ses conseils, notamment sur les plans juridique et institutionnel. Il en est de même pour monsieur Hamour, qui est resté présent et disponible malgré son retrait de certaines responsabilités. Je préfère donc parler de réorganisation ou de choix personnels plutôt que de crise interne. 

 

Pour conclure, comment jugez-vous votre bilan à la tête de la direction du CSA/MOB ?

Je résumerais cette expérience par une phrase. 42 mois de sacrifices, de passion et d’engagement total pour le MOB. Je suis arrivé comme un jeune président avec beaucoup d’ambition et énormément d’amour pour ce club. J’ai certainement commis des erreurs, comme toute personne qui agit et prend des responsabilités, mais une chose est sûre que j’ai toujours travaillé avec sincérité. J’ai consacré énormément de temps, d’énergie et de sacrifices personnels pour le club.

S. A.