Saïb : " Boudedja fait le contraire de ce qu'il a annoncé"

Publié le : 26 Mars 2026

L'ancien joueur et entraîneur de la JS Kabylie, Moussa Saïb, se dit peiné par tout ce qui se passe chez les Canaris. Égal à lui-même, il affirme qu'il n'est pas un demandeur d'emploi, tout en insistant que le futur DTS doit aimer la JSK et qu'il doit connaître son histoire et les exigences des supporters. 

 

Vous étiez sûrement surpris de lire, il y a quelques jours de cela, sur le site du club, que vous étiez dans l'effectif de la JSK lors de la saison 1981-1982 aux côtés de Guendouz qui n'avait jamais porté le maillot de ce club et que c'était Lang qui avait offert à la JSK le dernier titre de champion d'Algérie en 2008.... 

En toute sincérité, ça m'avait fait de la peine de le lire, et ce qui m'avait estomaqué est que la direction n'a pas présenté ses excuses à nos millions de supporters. C'était une faute impardonnable, car vous pouvez interroger n'importe qui issu de la région, il vous dira les noms de la plupart des joueurs qui ont porté le maillot de ce prestigieux club. La JSK n'est pas un club comme les autres et, à mon avis, il y a des erreurs qui ne se pardonnent pas comme celles qui ont été commises dernièrement. 

 

L'appel à candidatures pour le recrutement de DTS doit prendre fin dans quelques heures et parmi les conditions posées est que le postulant doit avoir un diplôme supérieur en management de sciences du sport et un diplôme CAF A ou UEFA ou équivalent. Peut-on connaître votre vision des choses ? 

Je crois que pour les conditions que c'est la FAF qui a exigé par exemple que pour tel ou tel poste, il faut avoir tel diplôme. A mon avis, le plus important pour le poste de directeur sportif est de maîtriser son sujet et d'avoir une certaine expérience. En plus, une fois que la direction sélectionne le dossier d'un postulant et qu'on l'invite pour l'entretien d'embauche, celui qui doit l'écouter, doit être meilleur que lui pour pouvoir le juger. Je me demande aussi pourquoi on n'exige pas de diplôme pour les autres postes, y compris pour celui de manager général. Le plus important pour moi est que le DTS doit aimer le club, connaître son histoire, les exigences des supporters et ce qu'on attend de lui.

 

D'aucuns estiment que ces conditions pénalisent les anciens joueurs de la JSK. Partagez-vous cet avis ?

Vous savez, d'après mes connaissances ici en Europe, les clubs ne recrutent pas un DTS par voie de candidature. Le président prend directement attache avec la personne à laquelle il souhaite confier les clés du club et celui-ci lui présente son projet. Si j'étais décideur par exemple, je prendrais attache avec Bouiche et je lui demanderais de me remettre son projet pour le directeur sportif. Il faut avoir confiance en lui et lui accorder les pleins pouvoirs pour qu'il réussisse dans sa mission. 

 

Certains disent que l'idéal que le poste  soit confié à un enfant du club

Il n'est pas nécessaire d'être un enfant du club, mais il faut aimer ce club. Le futur DTS doit aussi connaître la région et l'histoire du club pour pouvoir réussir dans sa mission. J'ai lu ça et là que quelques fans veulent un DTS étranger, or je ne vois pas ceux qu'ont apporté les étrangers qui travaillent dans notre championnat. Ils viennent juste pour se faire de l'argent et après ils s'en vont.

 

Que pensez-vous du limogeage de Zinnbauer à l'issue de la rencontre face à la JS Saoura ?

Je ne suis pas un défenseur de Zinnbauer, mais j'ai été surpris par la façon avec laquelle le président Boudedja a mis fin à ses fonctions. Il l’a limogé dans le vestiaire. Je trouve cela indigne dans un grand club comme la JSK. Il ne fallait pas agir sous la colère, car on est la JSK. Pour Zinnbauer, je pense qu'il fallait le remercier juste après le premier match face à Al-Ahly disputé au Caire. Mais comme il n'a pas été remercié à ce moment-là ni à la fin de la phase aller, je ne vois pas l'utilité de le virer à deux mois seulement de la fin de la saison. Je dois aussi dire qu'en principe, c'est le conseil d'administration qui doit décider du sort de l'entraîneur. En l'absence du directeur général, c'était le manager général qui devait convoquer l'entraîneur pour lui demander des explications sur cette série de mauvais résultats et il devait rédiger son rapport qu'il devait transmettre au conseil d'administration. Or, rien de cela n'a été fait, puisque le président s'est séparé de son coach juste à la fin de la rencontre. 

 

Il semblerait que c'est le futur DTS qui aurait la charge d'engager un successeur à Zinnbauer...

Évidemment que le recrutement de l'entraîneur reviendra au futur DTS surtout qu'il ne reste que deux mois pour la fin du championnat. A mon avis, il faudra dès maintenant préparer la saison prochaine, mais au vu de ce que j'ai constaté jusqu'à présent, le président Boudedja fait le contraire de ce qu'il avait annoncé lors de sa conférence de presse. J'ai écouté tout ce qu'il avait dit ce jour-là, mais ses actes ne collent pas avec ses paroles. Il faut tout un programme pour travailler à court, moyen et long terme.

 

La JSK n’a-t-elle pas raté sa saison ?

On ne connaît même pas les objectifs du club. J'ai entendu dire que la direction vise la deuxième place qualificative pour la Ligue des champions, mais pour moi, la JSK ne doit jouer que pour les titres. Au vu de la situation dans laquelle se trouve l'équipe, je suis contre l'idée de jouer la deuxième place, car il faut deux à trois saisons pour bâtir une équipe capable d'imposer sa suprématie au niveau africain. Ce ne sert à rien de finir dauphin du championnat, si pour réaliser un autre parcours catastrophique en Ligue des champions la saison prochaine. Ça n'engage que moi, mais chacun est libre de penser de qu'il veut.

 

Mobilis a déboursé des sommes conséquentes depuis qu'elle a repris le club en main, mais les résultats ne suivent toujours pas. Quel est votre commentaire ?

Sincèrement, je suis contre la politique des grands joueurs. Qu'ont ils apporté ces joueurs pour le club ? Le niveau de notre championnat est faible et on a fourni que deux joueurs à l’Equipe nationale. Vous savez, à mon époque, lorsqu'on est contactés par la JSK, on tremblait et on n'arrivait pas à dormir. Même si on avait déjà fait nos preuves, on se demandait si on serait à la hauteur de ce prestigieux club. Moi, j'avais découvert le professionnalisme tôt et j'avais beaucoup appris à Auxerre connu pour sa formation. Je le dis et je le redis, il faut investir dans les jeunes tout en recrutant des joueurs de valeur. Mais chez nous, on confond entre un joueur de valeur avec un joueur à gros salaire. Dernièrement, un ami qui connaît un dirigeant de Ligue 2 ici en France m'a confié que son joueur le mieux payé touche un salaire de 20 000 euros brut, ce qui fait entre 14 000 et 15 000 net. Or, chez nous, des joueurs qui n'ont rien apporté aux clubs touchent des salaires stratosphériques. Je ne parle pas uniquement de la JSK, mais de tous ces clubs nantis financièrement et qui n'arrivent même pas à concurrencer des clubs moyens en Afrique.

 

La politique de vedettariat  n'est pas le gage de la réussite, alors...

Absolument, tu peux réussir une saison mais pas dans la durée. Je suis convaincu que pour aller de l'avant, il faut s'intéresser à la formation. Je suis sûr qu'il y a des jeunes de talent, il faudra juste les détecter. Au lieu de gaspiller des milliards et des milliards sur des joueurs qui n'ont rien apporté, il faudra se tourner vers la formation.

 

Que manque-t-il à la JSK pour qu’elle renoue avec les titres?

Il faut apprendre à travailler à moyen et  à long terme. Nos titres africains remportés par exemple en 1990 et 1995, pour ne citer que ceux-là, ont été gagnés grâce au travail qui a été accompli avant. Il faut aussi que le club apprenne à garder ses meilleurs joueurs. J'aurais aimé par exemple que Boualia et Berkane soient toujours dans le club au lieu qu'ils fassent les beaux jours des autres clubs. Il faut qu'on protège nos joueurs et qu'on se donne le temps pour qu'on bâtisse une équipe capable d'avoir son mot à dire au niveau africain. Je ne comprends pas ceux qui disent que la JSK doit participer aux compétitions continentales pour qu'elle fasse son apprentissage. Ils oublient sans nul doute qu'on a deux titres de champion d'Afrique, une Coupe des coupes d'Afrique, une Supercoupe et trois Coupes de la CAF.

 

Vous êtes le dernier entraîneur à avoir offert à la JSK le dernier titre de champion d'Algérie en 2008. Quel est votre ressenti ?

C'était l'œuvre de tout le monde. Il y avait l'union et c'est ce qui m'avait permis de gagner ce titre. C'est pour cela que j'appelle tous les supporters à l'union qu'ils soient de la Kabylie, d'Alger, d'Oran ou des autres régions, les couleurs jaune et vert nous unissent et on ne doit penser qu'à l'intérêt de notre club. Le rêve de tous les supporters est de voir la JSK renouer avec les titres tant au niveau national que continental.

N. B.