Jeudi dernier, dans la soirée, au stade Ali Ammar dit Ali-la-Pointe, la JS Kabylie a affiché un visage totalement inédit face au Mouloudia Club d’Alger. Pour la première fois depuis son arrivée, Josef Zinnbauer a opté pour un schéma ultra défensif, assumé et parfaitement exécuté.
L’objectif n’était pas de séduire, mais de neutraliser le leader du championnat, déjà réputé pour sa puissance offensive et sa capacité à marquer rapidement. Mission accomplie, la JSK a verrouillé les débats et est repartie avec un point précieux, un résultat qui, sur le plan stratégique, peut s’avérer aussi important qu’une victoire. Les joueurs ont montré un engagement total, avec une concentration remarquable, prouvant que la discipline tactique peut faire la différence face aux meilleures équipes du championnat.
Un verrou tactique inédit
Connu pour encourager un jeu vertical et ambitieux, le technicien allemand a cette fois privilégié le pragmatisme et l’efficacité avant tout. D’entrée, le bloc kabyle s’est positionné bas, compact, avec des lignes très rapprochées, réduisant drastiquement les espaces exploitables par l’adversaire. Les espaces entre la défense et le milieu ont été minimisés, empêchant les attaquants du MCA de combiner dans l’axe et limitant les possibilités de percer. Selon Zinnbauer, ouvrir le jeu face à une équipe aussi rapide et techniquement armée aurait été une erreur stratégique majeure, pouvant coûter cher en cas de contre-attaque. Les Mouloudéens excellent dans la projection rapide et la percussion, et leur laisser des couloirs ou des intervalles aurait offert des situations idéales pour faire la différence. En fermant totalement l’axe et en densifiant l’entrejeu, la JSK a non seulement cassé le rythme adverse, mais a aussi frustré progressivement le leader, imposant une bataille psychologique où la patience et la rigueur tactique étaient essentielles. Ce dispositif a permis aux Kabyles de conserver un équilibre parfait entre solidité défensive et opportunités de contre, une combinaison qui a fait défaut à plusieurs de leurs concurrents, cette saison.
Souffrir sans rompre
Certes, la domination territoriale a été algéroise, surtout en seconde période. La JSK a subi, notamment dans le dernier quart d’heure, lorsque le MCA a multiplié centres et tentatives lointaines, cherchant désespérément à forcer la décision. Mais le plan était clair, accepter de défendre bas pour mieux exploiter les transitions. Et les Kabyles ne se sont pas contentés de résister. À trois reprises au moins, ils ont réussi à se projeter rapidement et à créer des occasions franches, obligeant le gardien adverse à se montrer vigilant. Avec davantage de lucidité dans le dernier geste, le hold-up parfait aurait même été envisageable. Cette capacité à piquer en contre démontre que le choix défensif n’était pas un renoncement, mais une stratégie calculée, minutieusement préparée par le staff technique. L’équipe a fait preuve d’une organisation exemplaire, d’une cohésion remarquable et d’un mental solide, des qualités qui seront essentielles pour la suite du championnat et les matches à enjeux élevés.
Un miroir du match aller
Ce scénario rappelle fortement la rencontre aller à Tizi Ouzou. Ce jour-là, le Mouloudia s’était déplacé avec l’intention de fermer le jeu et de limiter les dégâts, et le résultat avait été un nul frustrant pour les Kabyles, incapables de trouver la faille malgré plusieurs occasions. Jeudi, Zinnbauer a appliqué la même recette à l’extérieur, avec le même aboutissement, mais cette fois-ci avec une maîtrise encore plus affirmée.
En “fermant Ali-Ammar à clé”, le coach allemand a envoyé un message fort, la JSK sait désormais s’adapter à tous les contextes et à toutes les situations, capable de mettre en place un dispositif solide face au leader du championnat. Revenir avec un point face au MCA, dans un stade acquis à sa cause, n’est pas anodin. Ce résultat consolide la dynamique de la phase retour et renforce la confiance d’un groupe qui apprend à gérer les temps faibles et à exploiter chaque opportunité pour avancer. Dans la course au haut du tableau, ce point pourrait peser lourd. Parfois, savoir ne pas perdre vaut presque une victoire, surtout lorsqu’il s’agit de se mesurer aux équipes les plus dangereuses.
S. D.





