Le 25 juin 1982, le stade El Molinón de Gijón, en Espagne, est devenu le théâtre d’un. Scandale footballistique entre Allemands et Autrichiens qui combiné pour éliminer les Algériens. 44 ans plus tard, quatre acteurs reviennent sur «la scène du crime» et font leurs aveux à Compétition.
D’abord, par honnêteté journalistique, il est utile de préciser comment on a pu réaliser cette petite prouesse.
Comment on a eu ces témoignages
En fait, c’est le fruit d’une rencontre fortuite avec un journaliste autrichien, répondant au nom de Christian Reichel, du quotidien Kronen Zeitung, le numéro un en Autriche. Il était venu, mardi dernier en début de soirée, couvrir une séance d’entraînement des Verts à leur retour à Kansas City, après le renversant succès contre la Jordanie. Inévitablement, les échanges ont porté sur le fameux match RFA-Autriche de la Coupe du monde 1982. Naturellement, il était autant que nous curieux et intéressé de recueillir des propos d’acteurs algériens de l’époque relatant le scandale de cette rencontre. C’est ainsi qu’on a pu lui refiler ce que nous avaient confié la veille Salah Assad, Chabane Merzekane, Nordine Kourichi ainsi que Rabah Madjer (pour L’Equipe, lui) et que, à son tour, il nous servi sur un plateau ce que Walter Schachner, Friedrich Koncilia, Friedrich Koncilia et Hans Krankl lui avaient confié.
Rappel des faits
Le duel entre l’ex-RFA et l’Autriche, remporté 1-0 par les Allemands grâce à un but inscrit très tôt par l‘avant-centre allemand Horst Hrubesch, est resté dans les mémoires sous le nom de « match de la honte ». Un résultat qui a permis aux deux équipes européennes de se qualifier pour le tour suivant, au détriment de l’Algérie, pourtant victorieuse de la RFA quelques jours plus tôt. Depuis, la FIFA a décidé de faire joueur les derniers matches de groupe à la même heure afin de ne plus permettre une combine à l’instar de ce qu’avaient réalisé les cousins germains.
Walter Schachner : «J’étais le seul à ne pas être au courant»
L’attaquant autrichien Walter Schachner, avait marqué le premier but de l’Autriche lors du deuxième match du groupe remporté par sa sélection (2-0) contre celle de l’Algérie. Il avoue tout mais plaide non coupable !
«Je courais sur le terrain comme un idiot»
Il affirme avoir ressenti très tôt que quelque chose n’allait pas sur la pelouse de Gijón. Il raconte une incompréhension face à l’attitude générale de la rencontre : «Je courais sur le terrain comme un idiot face à l’Allemagne. Je n’ai pas honte de dire ça. À la mi-temps, j’étais très en colère de voir que nous jouions aussi souvent le ballon en retrait vers notre gardien Friedl Koncilia.»
«C’était fou, soudain Hans Krankl jouait libéro»
À son retour sur la pelouse, il remarque immédiatement un changement d’attitude chez les deux équipes : «Après la pause, j’ai été le premier à revenir sur le terrain. Dès le début de la deuxième mi-temps, j’ai remarqué que les deux équipes n’avaient pas vraiment envie de courir. C’était fou, soudain Hans Krankl jouait libéro dans notre équipe.»
«Dans cette situation, même l’Algérie aurait fait pareil»
Face aux critiques venues notamment d’Algérie, Schachner estime que les circonstances du tournoi avaient poussé les équipes à agir ainsi. «Bien sûr, c’était difficile pour l’Algérie de voir un tel match, mais dans une telle situation, toutes les équipes auraient fait pareil, y compris l’équipe algérienne. Dans un match aussi important, on ne se soucie pas des autres équipes.»
«Je ne savais pas ce que les deux équipes avaient décidé»
L’ancien international autrichien assure toutefois qu’il n’avait pas connaissance d’un accord entre les deux équipes.
«Je ne savais pas que les deux équipes avaient décidé d’arrêter d’attaquer après le 1-0 de Hrubesch. Je pense que j’étais le seul dans notre équipe à ne pas être au courant.»
Friedrich Koncilia : «Un non-match indigne d’une Coupe du monde»
Friedl Koncilia, le gardien de but autrichien de l’époque, adopte une position différente. S’il reconnaît le caractère étrange de la rencontre, il réfute l’idée d’un complot organisé contre l’Algérie.
«Après le match, j’ai dit au coach Latzke : C’est une honte ! »
«Après le match, je suis allé voir Latzke et je lui ai dit : “Coach, c’était une honte.” Il m’a promis qu’il y aurait des discussions sur le match, mais finalement rien ne s’est passé. Toute la situation est simplement née des circonstances», a indiqué Koncilia, pour qui cette rencontre était «un non-match indigne d’une Coupe du monde», mais «pas un complot contre l’Algérie».
«Nous aurions aimé éliminer les Allemands et les sortir du stade»
Malgré la polémique, Koncilia assure que l’Autriche avait l’ambition de battre la RFA : «Nous aurions aimé sortir les Allemands du stade et les éliminer du tournoi, comme nous l’avions fait quatre ans auparavant. Mais à ce moment-là, l’équipe n’était tout simplement pas capable de le faire.»
Herbert Prohaska : « Je n’en suis pas fier»
Le maître à jouer autrichien Herbert Prohaska se souvient, lui aussi, des discussions avant le début de la seconde période.
«Le résultat arrangeait les deux équipes, pas besoin de changer quoi que ce soit»
Il évoque un contexte où le résultat convenait aux deux formations. «Il a été dit que nous n’avions pas besoin de changer quoi que ce soit parce que le résultat arrangeait les deux côtés, et le résultat a été ce match indescriptible», a-t-il expliqué.
«Pour obtenir du succès, on est souvent prêt à faire des choses »
Avec le recul, Prohaska ne cache pas son malaise face à cette rencontre devenue tristement célèbre.
«Je n’en suis pas fier, et je ne pense pas que quelqu’un d’autre le soit non plus. Pour obtenir du succès, on est souvent prêt à faire des choses qui ne sont pas bien perçues.»
Hans Krankl : «Un scandale. Un match scandaleux. Horrible !»
Figure emblématique du football autrichien, Hans Krankl avait marqué le second but de l’Autriche contre l’Algérie, dans le cadre de la deuxième journée du groupe. Il garde un souvenir très fort de la journée suivante durant laquelle le scandale s’est produit. Celui qui était alors l’un des joueurs les plus talentueux de son équipe résume la rencontre avec des mots très durs.
«Si j’avais reçu le ballon à la 90’, je l’aurais envoyé dans la lucarne»
«Un scandale ! Un match scandaleux ! Horrible !», c’est ainsi que Krankl décrit cette rencontre, qui reste l’un des matches les plus controversés de l’histoire de la Coupe du monde. Malgré tout, Krankl assure qu’il aurait tenté jusqu’au bout de changer le destin de cette partie. «Mais si j’avais reçu le ballon à la 90e minute — une seule fois, dans la surface de réparation — ; je l’aurais envoyé dans la lucarne pour égaliser à 1à 1. Ensuite, les Allemands seraient rentrés chez eux.» Le match de Gijón reste encore aujourd’hui une blessure dans l’histoire de la Coupe du monde, notamment pour l’Algérie, éliminée malgré deux victoires en trois rencontres. Quarante-quatre ans plus tard, les témoignages des joueurs autrichiens montrent surtout une chose : cette soirée continue de hanter ceux qui l’ont vécue de l’intérieur.
H. D.





