EN : Anthar Yahia, un pari à la Emerse Faé ?

Publié le : 6 Juillet 2026

Alors qu’Anthar Yahia devrait vraisemblablement devenir le nouveau sélectionneur des Verts après l’échec de Vladimir Petkovic à la Coupe du monde, les interrogations sur sa légitimité ont déjà commencé à fleurir. Et quoi de plus normal ? 

 

Le CV d’entraîneur de l’ancien capitaine de l’équipe nationale reste peu fourni. Sa première véritable expérience comme numéro un, avec la réserve d’Angers, n’a pas été une réussite sur le plan des résultats. Il n’a jamais entraîné une équipe professionnelle senior ni dirigé une sélection nationale. Le doute est donc légitime. Mais l’histoire récente du football africain offre aussi une raison de ne pas condamner un technicien à la seule lecture de son CV. L’exemple d’Emerse Faé, avec la Côte d’Ivoire, est sans doute le parallèle le plus intéressant. Lorsqu’il prend les commandes des Éléphants en janvier 2024, Faé n’est pas un entraîneur reconnu du très haut niveau.

 

Lui non plus n’a jamais dirigé une équipe première professionnelle en club. Son parcours s’est construit dans la formation, d’abord à l’OGC Nice, où il intègre le centre de formation en 2012 afin de préparer ses diplômes. Il apprend auprès des U17, prend ensuite les commandes de cette catégorie, puis dirige les U19 niçois avant de poursuivre son apprentissage avec la réserve de Clermont. Faé ne possédait donc pas l’expérience du très haut niveau senior, mais il n’était pas un novice du métier.

 

Son histoire bascule le 25 janvier 2024. La Côte d’Ivoire vient de vivre une phase de groupes catastrophique lors de « sa » CAN. Battus 4-0 par la Guinée équatoriale, les Éléphants sont au bord de l’élimination et Jean-Louis Gasset quitte son poste. Faé, jusque-là membre du staff, est propulsé sélectionneur par intérim. La suite est devenue l’une des histoires les plus folles du football africain : le Sénégal éliminé aux tirs au but, le Mali renversé après prolongation, la RD Congo écartée en demi-finale, puis le Nigeria battu en finale. En quelques semaines, un entraîneur qui n’avait jamais dirigé une équipe première en club devient champion d’Afrique.

 

Surtout, Faé ne s’est pas arrêté à ce sacre continental. Il a ensuite ramené la Côte d’Ivoire à la Coupe du monde, une première depuis douze ans pour les Éléphants. Avec l’équipe la plus jeune du tournoi, il a réussi à sortir de son groupe en battant Curaçao puis l’Équateur, tout en tenant tête à l’Allemagne malgré la défaite. Les Ivoiriens ont fini par tomber en seizièmes de finale contre la Norvège, battus 2-1 après avoir pourtant mené au score avant de craquer dans les dernières minutes. Une élimination frustrante, mais un parcours qui a confirmé que la CAN 2024 n’était pas un simple accident heureux. Bien sûr, Anthar Yahia n’est pas Emerse Faé. Le contexte algérien n’est pas celui de la Côte d’Ivoire et une réussite ne garantit jamais la suivante. Mais le cas Faé rappelle une chose importante : l’absence d’un grand CV comme entraîneur principal ne signifie pas forcément l’absence de compétences.

 

Yahia possède, lui aussi, un parcours qui ne se limite pas à son expérience angevine. Ancien international algérien, ancien capitaine des Verts, il connaît la sélection de l’intérieur. Son histoire avec l’Algérie, son vécu du très haut niveau et son passage dans différentes fonctions de direction ne suffiront évidemment pas à gagner des matches. Le but d'Oum Dourman ne fera pas une composition d’équipe et le patriotisme ne remplacera jamais le travail tactique. Mais avant de le condamner avant même son premier rassemblement, l’exemple ivoirien invite au moins à la prudence. Faé a prouvé qu’une carrière d’entraîneur peut réellement commencer le jour où quelqu’un décide de vous donner votre chance. Anthar Yahia, lui, sera jugé sur ses résultats. Comme tous les sélectionneurs.

 

Badys Boufaroua