EN : Algériens verts de rage à Vancouver

Publié le : 4 Juillet 2026

Les applaudissements nourris qui avaient accompagné les Verts tout au long de leur parcours aux États-Unis durant le premier tour du Mondial ont laissé place à une immense bronca. 

 

Quelques secondes après le coup de sifflet final de l'arbitre, scellant l'élimination de l'Algérie face à la Suisse (0-2) en seizièmes de finale de la Coupe du monde, les supporters algériens ont exprimé toute leur colère. Massés en nombre derrière les barrières qui longent le tunnel menant aux vestiaires du BC Place, ils ont accueilli les joueurs par une pluie de sifflets et de huées. Vladimir Petkovic n'a pas été épargné. Le sélectionneur, comme ses joueurs, a quitté la pelouse tête basse sous les cris d'une partie d'un public qui n'a pas digéré la prestation livrée par les Verts. Les joueurs ont bien tenté d'apaiser les esprits en applaudissant leurs supporters avant de rentrer aux vestiaires. En vain. La déception était trop profonde pour être effacée par un simple geste de remerciement.

 

Une immense marée verte

 

L'amertume était à la hauteur de l'investissement des supporters. Ils étaient près de la moitié des 52 497 spectateurs présents au BC Place à avoir revêtu les couleurs nationales. Venus des quatre coins du Canada, où réside une importante communauté algérienne, mais aussi d'Europe, des États-Unis, d'Australie et même d'autres continents, ils avaient transformé le stade de Vancouver en une véritable enceinte acquise aux Verts. Pendant plus de quatre-vingt-dix minutes, ils n'ont cessé d'encourager leur équipe. Mais au coup de sifflet final, la passion a laissé place à la frustration.

 

«On a roulé 5 000 kilomètres pour ça»

 

Dans les travées du stade, les témoignages recueillis traduisaient tous le même sentiment : celui d'une occasion gâchée. «Nous sommes partis de Montréal. Nous avons roulé près de 5 000 kilomètres en trois jours pour venir soutenir les Verts. On ne leur reproche pas d'avoir perdu, mais de ne pas avoir tout donné. On n'a pas vu de réaction après les deux buts suisses», confiait Brahim, un supporter encore marqué par la défaite. Plus loin, un autre racontait avoir déboursé près de 900 dollars canadiens pour assister à cette rencontre. Il poursuit : «Entre le billet, l'hôtel et le voyage, cela représente un énorme sacrifice. On aurait accepté l'élimination si l'équipe s'était battue jusqu'au bout. Là, on est surtout déçus par la manière.»

 

Venus des quatre coins du monde

 

La passion des supporters algériens n'avait pas de frontières. Dans les allées du BC Place, certains étaient arrivés de France, de Belgique ou d'Allemagne spécialement pour ce rendez-vous mondial. D'autres avaient effectué un voyage encore plus impressionnant. Un groupe venu de Sydney, en Australie, arborait fièrement le drapeau algérien : «Nous avons traversé la moitié de la planète pour vivre ce moment. Nous ne regrettons pas le voyage, mais nous espérions voir une équipe plus ambitieuse. Cette élimination fait mal parce qu'on avait le sentiment que cette Suisse était prenable.»

 

Petkovic et les joueurs dans le viseur

 

Si les critiques visaient les joueurs, une grande partie des supporters pointait également la responsabilité de Vladimir Petkovic. Son choix de se priver d'un véritable avant-centre en laissant Amine Gouiri sur le banc a été vivement contesté. «On ne comprend toujours pas pourquoi il a changé une équipe qui venait de se qualifier. On a joué sans véritable numéro 9 et ça s'est vu. Cette élimination est autant celle du sélectionneur que des joueurs», estimait un supporter venu d’Ottawa. D'autres mettaient en avant les erreurs défensives répétées tout au long du tournoi : «Depuis le début de la Coupe du monde, on prend toujours les mêmes buts. Rien n'a été corrigé. À ce niveau-là, ça ne pardonne pas.»

 

Insultes, grossièretés à l’arrivée devant l’hôtel

 

Les sifflets entendus vendredi soir à Vancouver traduisaient avant tout l'immense attente qui entourait cette sélection. La colère des fous des Verts était encore plus manifeste lorsque les joueurs et le staff technique ont regagné l’hôtel. Ils ont eu droit aux pires insultes et grossièretés. On réclamait des têtes, notamment celle du sélectionneur d’Algérie à  coups de  tristes « Petkovic, dégage ! »  repris en chœurs et à répétition.

Après douze ans d'absence sur la scène mondiale, les supporters rêvaient de voir les Verts franchir un nouveau cap. Ils repartent finalement avec le sentiment que cette équipe avait les moyens de faire beaucoup mieux. Leur colère n'était pas celle de supporters lassés par les défaites, mais celle de passionnés persuadés que cette génération pouvait écrire une plus belle histoire.  À Vancouver, ce sont autant un match que des milliers d'espoirs qui se sont envolés.

O. M.