Pendant que l'équipe nationale d'Algérie disputait un match décisif face à la Jordanie, dans la nuit de lundi à mardi à San Francisco, c'est à près de 2 500 kilomètres de là, à Lawrence, le camp de base des Verts durant cette Coupe du monde 2026, que s'était donné rendez-vous une grande partie de la communauté algérienne du Kansas pour vivre ensemble cette rencontre capitale.
Plusieurs centaines de supporters algériens, rejoints par de nombreux habitants américains de la ville, ont investi Massachusetts Street, l'artère principale de cette paisible cité universitaire, pour suivre le match dans une ambiance aussi festive que passionnée. Loin d'être de simples curieux, les Américains présents ce soir-là avaient eux aussi adopté les couleurs algériennes. La plupart portaient le maillot des Verts, tandis que certains avaient même peint leur visage aux couleurs du drapeau national. Au fil des jours passés à Lawrence, une véritable sympathie est née entre les habitants de la ville et la sélection algérienne, au point de voir de nombreux Américains soutenir les hommes de Vladimir Petkovic avec autant d'enthousiasme que les supporters algériens eux-mêmes. «Nous avons découvert une équipe et un peuple extraordinaires. Ce soir, nous sommes tous Algériens », nous a confié John Peterson, un habitant de Lawrence vêtu d'un maillot de Riyad Mahrez. Si certains supporters avaient choisi de s'attabler dans les terrasses des restaurants et cafés qui proposaient le match, la plupart ont pris place devant l'écran géant aménagé par le comité d'accueil de la Coupe du monde 2026 à Lawrence. Bien avant le coup d'envoi, l'ambiance était déjà exceptionnelle, rythmée par les roulements de tambour de Brahim Malem, un habitant d'Olathe originaire de Draâ El-Mizan. Au fil des jours, ce dernier est devenu l'un des visages emblématiques des supporters algériens au Kansas. « On est loin de l'Algérie, mais quand on se retrouve tous ensemble, on a l'impression d'être au pays », explique-t-il, le drapeau algérien noué autour des épaules.
Parmi les familles venues partager ce moment historique figurait également Karima Soutra épouse Andaloussi, native de Hammam Bouhadjar et installée au Kansas depuis 36 ans. Accompagnée de ses trois filles, Selma, Aya et Sadedja, elle tenait à vivre cette soirée au milieu de la communauté algérienne. « Voir autant d’Algériens réunis ici, à des milliers de kilomètres de notre pays, pour soutenir les Verts, c’est très émouvant. Mes filles sont nées ici, mais elles ressentent aujourd’hui toute la fierté de leurs origines », nous a-t-elle confié avec émotion.
Une nuit gravée dans la mémoire
L'atmosphère s'est néanmoins refroidie à la 36e minute lorsque Nizar Al-Rashdane a ouvert le score pour la Jordanie. Pendant quelques instants, un silence pesant s'est installé sur Massachusetts Street. Mais malgré ce coup dur, l'optimisme n'a jamais quitté les supporters algériens. «Cette équipe a du caractère. Elle va revenir très forte. Ce n’est pas cette ouverture du score qui va nous faire perdre espoir », assure Mokhtar Hadjeres, natif d’El- Harrach et installé au Kansas depuis plus de dix ans. Les chants et les encouragements ont alors redoublé d'intensité. Puis l'explosion de joie est arrivée sur le but égalisateur de Benbouali avant de se transformer en une véritable délivrance lorsqu’Amine Gouiri a offert la victoire aux Verts. Au coup de sifflet final, Massachusetts Street s'est transformée en une immense fête à ciel ouvert. Chants, danses, klaxons et drapeaux ont envahi l'artère principale de Lawrence pendant de longues minutes, au milieu de nombreux Américains qui ont pleinement partagé la joie des supporters algériens. « Je n'avais jamais vécu une telle ambiance de football. Cette nuit restera gravée dans ma mémoire », souriait Emily Rogers, une étudiante de l'Université du Kansas, le visage peint en vert, blanc et rouge. Cette première victoire de l'Algérie en coupe du monde 2026 restera évidemment dans les mémoires des supporters des Verts. Mais elle laissera aussi une empreinte indélébile à Lawrence, où le temps d'une nuit le Kansas a vibré au rythme de l'Algérie.
De nos envoyés spéciaux en Amérique: Ouassel Mounir. Asma Halimi, Kamil Salhi et Halim Djender



