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Nacer Bouiche : «Il y a tromperie au Mouloudia»

Nacer Bouiche, le talentueux attaquant du Mouloudia des années 80, fait partie des joueurs de la génération dorée du Doyen. Reconverti en consultant pour la télé et la radio, Nacer Bouiche est un observateur averti de la chose footballistique. Le virtuose n° 10 qu’il a été n’a rien perdu de sa superbe et ses analyses sont percutantes, perspicaces.

Avec quelques jours de retard, on voudrait connaître votre avis sur la nomination de Meziane Ighil au poste d’entraîneur au Mouloudia…

Avant de répondre directement à votre question, permettez-moi de vous dire que je ne comprends pas comment on arrive à changer trois entraîneurs, et donc trois staffs techniques, en l’espace de quatorze mois et on continue à clamer haut et fort que le Mouloudia joue le titre. L’année dernière, on avait procédé à un changement : Artur Jorge a remplacé au pied levé Boualem Charef. Le coach portugais a fait ce qu’il fallait faire et a pu sauver, miraculeusement il est vrai, l’équipe de la Ligue 2. Cette saison, on débute le championnat avec des résultats, j’allais dire pas si mauvais que ça puisque l’équipe est en haut du classement. Alors, moi je me pose des questions : pourquoi a-t-on limogé Artur Jorge ? Dans quel but ? A quelles fins ? Et si vous avez remarqué, que ce soit avec Charef, ou Artur Jorge et maintenant avec Meziane Ighil, le discours de la direction est le même : on va jouer le titre. Non, mais c’est un non-sens ; avec cette instabilité chronique, on ne peut pas jouer le titre, ce n’est pas possible. Là, il y a tromperie. On est en train de tromper l’opinion sportive en général et le peuple du Mouloudia en particulier.

 

Et vous ne faites pas de commentaire sur la nomination d’Ighil ?

En deux mots, je dirai que c’est le bon choix. Mais à la base, a-t-on vraiment fait venir un entraîneur qui répond au profil recherché par le club ? Est-ce le profil d’entraîneur qu’il faut pour le club ? Pour les joueurs ? Pour cela, je crois qu’on a fait les choses un peu à la va-vite et cette tendance tend à devenir une marque de fabrique de nos dirigeants. Sinon, Ighil, c’est connu, est un bon entraîneur, y a pas à dire.

 

Vous parlez d’instabilité, c’est bien. Mais cette instabilité ne touche pas seulement le staff technique. Le Mouloudia a changé autant de présidents que d’entraîneurs…

Ah ça, oui c’est sûr ! Et puis, quand je parle de stabilité, je parle aussi de ce qui concerne la direction du club, c’est clair. Les présidents qui se sont succédé à la tête du Mouloudia ces derniers mois apportent chacun un son de cloche différent, une méthode de travail différente et une vision qui l’est encore plus. C’est cela l’instabilité. Mais tous ont une constance : on va jouer le titre. Soyons sérieux, comment voulez-vous jouer le titre avec ces mensonges ? Je le redis encore une fois, c’est une tromperie. Aucun d’eux n’a un projet, ne serait-ce à court terme. Les jeunes sont délaissés, le club n’a pas de camp d’entraînement, etc. J’entends dire ces dernières semaines que les joueurs n’ont pas été payés. C’est quoi ça ? Et les dirigeants continuent de mentir au peuple du Mouloudia.

 

Passons, si vous le permettez, au voisin l’USMA, qui vient de rater son match aller de la Ligue des Champions africaine. Quelle analyse faites-vous de cette première manche ?

Vous savez, il reste un match retour et en football tout est possible. Bon bien sûr, l’USMA a perdu à Alger, son match retour sera non seulement difficile, mais il sera compliqué. Cependant, comme je viens de vous le dire, c’est le football et ce sport nous a appris à être un peu mesurés avant qu’un match ne se joue. L’USMA peut inscrire un but en début de match et faire douter les Congolais, ça peut arriver. Ce sera d’autant plus compliqué que l’USMA sera handicapée par certaines absences et pas des moindres : Meftah, Khoualed, etc.  Au cours de la manche aller, je pense que l’USMA a surtout manqué de concentration. La direction du club et les joueurs ont mal géré l’avant-match, cela s’est répercuté sur le rendement de l’équipe sur le terrain.

 

Comment ça mal géré ?

Ils ont mal géré, cela veut dire que l’équipe n’a pas été mise à l’abri du bruit de l’extérieur. L’équipe n’a pas été bien isolée, les joueurs ne sont pas rentrés dans leur bulle. Sur le terrain cela se remarque par les fautes commises par les joueurs. Des fautes d’inattention, des fautes qui arrivent quand on n’est pas dans le match, c'est-à-dire pas concentré du tout.

En plus, je pense que le coach devait apporter certains réglages après vingt minutes de jeu. Ne voyant pas l’équipe donner ce qu’elle doit donner, l’entraîneur se devait de trouver une solution en réorganisant ses joueurs. Cependant, il ne faut pas oublier qu’en face, il y a avait une très bonne équipe, qui, avec une assise défensive extraordinaire, aura réussi un excellent résultat. La gestion de cette équipe congolaise devrait nous interpeller tous. Vous n’êtes pas sans savoir que le TP Mazembe renferme en son sein quatre ou cinq joueurs étrangers, si ce n’est pas un peu plus. Kalaba, Asale, Samata, j’en passe et des meilleurs. Là c’est le très haut niveau. Je vous invite à faire la comparaison avec les joueurs africains que nos clubs recrutent. Chez nous, ce sont les joueurs de troisième choix qu’on ramène.

M. O. 

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