Haniched : «Le gardien de but souffre mentalement durant le Ramadhan»

M'hamed Haniched, l'ancien gardien de but international de l'USM Harrach, récuse l'idée que le portier est le mieux loti durant le Ramadhan. Il s'explique.

On dit que le gardien de but a le poste le plus cool durant le Ramadhan, est-ce vrai, vous qui avez été portier international ?

Pratiquer le football pendant le mois sacré est difficile, ça l'est davantage pour le gardien de but. Il ne faut pas croire qu'il est mieux loti que les joueurs de champ. Un keeper doit rester concentré pendant tout le match, c'est loin d'être une sinécure. Vous savez, c'est l'exercice mental qui use le plus quand on est à jeun. La concentration est justement un exercice mental, c'est encore plus ardu lorsqu'on est tenu de le faire 90 minutes durant. Ce n’est pas comme le joueur de champ, qui peut se permettre des moments de déconcentration lorsque le ballon est loin de sa zone.

Mais, physiquement, le gardien de but reste peinard, non ?

Attention, il ne faut pas se tromper, je vous redis que l'effort mental est plus important que celui physique. C'est ma conviction, c’est d’ailleurs la sensation que j'avais lorsque j'étais joueur. Bon, maintenant, il est vrai que les joueurs de champ se dépensent plus, mais, croyez-moi, cela n'égale pas l'usure mentale du portier. D'ailleurs, c'est si astreignant qu'on voit la différence lorsqu'un gardien jeûne ou pas : les réflexes ne sont pas les mêmes. Le portier qui s’est alimenté réagit de manière plus prompte.

Sinon, c'est le même tarif à l'entraînement…

Oui, je pense que c'est kif-kif. On est soumis quasiment à la même charge de travail.

Comment ça se passait pour vous quand vous jouiez ?

Je m'emportais facilement, les choses qui semblent normales en dehors du Ramadhan me paraissent d'un coup anormales. Des fois, en match officiel, j'avais l'impression de crier après les joueurs et que personne ne m'entendait. C'était difficile.

Et en devenant entraîneur, c'était plus abordable ?

Vous savez, le stress demeure, que l'on soit joueur ou entraîneur. Mais en tant que coach c'est différent, on doit avant tout donner l'exemple aux joueurs.

Une anecdote à raconter…

Oui, volontiers. On devait jouer un match dans le cadre de la Coupe de la Ligue, avec l'USMH. J'ai répondu aux abonnés absents et vous devez deviner la raison : je me suis endormi comme un loir !

On dit que le plus dur c'est de se déplacer en Afrique en plein Ramadhan...

C'est indéniable ! Déjà, en dehors du mois de jeun, on souffre beaucoup. Il faut s'armer de beaucoup patience quand on est appelés à jouer un match officiel en Afrique. Je ne suis pas près d'oublier, par exemple, le match qu'on a livré au Mali. Mehdaoui, le sélectionneur national, avait été agressé, j'en garde un mauvais souvenir.

H. D.

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