«Tu es Algérien, comme Zinedine Zidane !», me dit Juan, le sympathique et surtout très bavard chauffeur de taxi, qui m’emmenait sous un soleil de plomb de l’aéroport Madrid Barajas, au camp d’entraînement de l’Atlético de Madrid. Juan, sentant que je ne comprenais rien à ce qu’il me disait, avait fini par me demander de quelle origine j’étais. En fait, bien qu’il n’avait obtenu de moi que les deux mots, «periodista argelino».
Un entraînement basé uniquement sur le jeu
Tout d’abord, la première chose que l’on observe en arrivant sur le lieu d’entraînement, c’est que contrairement à d’autres clubs où on ménage les susceptibilités, à l’Atlético, on joue la carte de l’émulation et de la concurrence à fond la caisse. Sur les deux terrains mitoyens, séparés uniquement par une petite barrière de la taille d’un terrain de tennis, on peut voir l’équipe réserve s’entraîner à gauche et le groupe pro à droite. Le but étant que le plus méritant de la réserve franchisse la barrière pour rejoindre le groupe pro et que le moins performant des pros soit rétrogradé en réserve. Une source de motivation en plus de se donner à fond à l’entraînement pour ne pas descendre lorsqu’on est au sommet et pour évoluer lorsqu’on est un jeune aux dents longues. On nous parle souvent de l’Europe et de ses méthodes d’entraînement scientifiques, basées sur le travail physique très dur, et bien à l’Atlético, ce jour-là , ce ne fut pas le cas. Hormis un petit échauffement et deux ateliers d’une dizaine de minutes, la majeure partie de l’entraînement n’a été que du jeu. Durant 30 minutes, les titulaires sans chasubles et les remplaçants avec des chasubles se sont livrés à un jeu de passe à dix sur un demi-terrain, sans cage. Un exercice qui avait pour but de se démarquer. La deuxième heure d’entraînement a été un match d’application entre les titulaires et les remplaçants sur un demi-terrain. Un match où le public et la presse se sont régalés puisqu’à part un méchant tacle involontaire du Tchèque Ujfalusi sur Forlan, que les photographes ont mitraillés et où il y a eu plus de peur que de mal, on a assisté à un festival de rapidité et de technique à l’état pur. Forlan mettant un point d’honneur à marquer tous ses buts en y mettant une couche technique avec des dribbles et feintes de frappe supplémentaire, et Kún Agüero, qui avec un jeu plus simple, mais aussi plus rapide, a enchaîné lucarne sur lucarne. L’entraîneur Flores et ses adjoints, ont été omniprésents durant tout l’entraînement et n’ont pas arrêté de prodiguer leurs conseils en hurlant. On était bien loin de l’entraînement de nos Fennecs à Crans Montana avec la petite partie de tennis-ballon devant un Rabah Saâdane et un Zoheir Djelloul placides et somnolents.
Le roi du Mondial 2010 s’est accroché la veille avec le coach
Sentant que quelque chose n’allait pas chez Diego Forlan et voyant aussi que tous les objectifs des nombreux photographes présents sur place mitraillaient tous les gestes, même anodins de l’attaquant de la Céleste, pour en avoir le cœur net, je me suis rapproché du seul journaliste présent sur place parlant un peu anglais, J. Casanez du journal sportif As, qui m’a dit que la veille, il y avait eu une «bronca», un gros clash entre Forlan et son entraîneur lors d’une réunion qui avait pour but initial de débriefer le match de la veille face au Racing Santander perdu 2 buts à 1 par les Colchoneros chez les coéquipiers de Mehdi Lacen et qui s’est transformé en «règlement de comptes à OK Coral». L’attaquant blond de la Célest, profitant de cette occasion pour demander pourquoi il était toujours remplaçant quoi qu’il fasse et pourquoi le coach l’attaquait dans la presse sans arrêt. Forlan aurait même asséné à Flores médusé et surpris par les décibels émis par son vis-à -vis, qu’il ne le respectait pas et qu’il ne respectait pas tout ce qu’il avait fait pour le club. En fait, l’orage grondait depuis un moment entre les deux hommes, mais ce sont les dernières déclarations de Quique Sanchez Flores concernant Forlan, à la presse, immédiatement après le match face à Santander, qui ont été la cause du clash. Le coach de l’Atlético a déclaré aux journalistes : «Forlan a joué ce soir une demi-heure, il a eu ses minutes. C’est à vous de juger sa prestation.»
Annoncé partant, Diego n’a fait aucune déclaration
La nouvelle courait déjà depuis un moment, car il était en fin de contrat et ne semblait pas sûr de le renouveler, mais depuis le clash avec son entraîneur, c’est pratiquement sûr, Diego Forlan va quitter l’Atlético de Madrid en fin de saison. Il y a plusieurs pistes dont celle du Barça, mais la plus solide semble celle du club turc, Besiktas, qui aurait fait l’offre la plus ferme et la plus solide financièrement parlant pour s’attacher les services de l’Uruguayen. Nous avons bien tenté d’en savoir plus, mais après l’entraînement, nous n’avons rien reçu d’autre de Diego Forlan, mis à part une poignée de main juste avant qu’il monte dans sa voiture de sport et un «gracias» qu’il a lancé à un journaliste de Marca qui l’a félicité pour sa sélection en équipe d’Uruguay pour affronter l’Allemagne, le 29 mai prochain.
Quique Flores ne parle quasiment
que de son clash avec l’Uruguayen
Quique Sanchez Flores nous a prévenus dès le début, il ne s’agissait pas d’une conférence de presse, mais juste d’un bref point de presse d’une dizaine de minutes où il allait faire quelques mises au point. Finalement, monsieur Flores parlant à plus de 130 km/h, au lieu de dix minutes, les dictaphones, micros et autres caméras n’auront enregistré qu’une déclaration de six minutes. Dans ce monologue prononcé d’un ton grave et sans esquisser le moindre sourire, l’entraîneur de l’Atlético n’a parlé pratiquement que de son altercation avec Diego Forlan. Il a minimisé les faits et a dit que comme d’habitude, la presse avait amplifié les choses. Il a dit que son président, M. Cerezo, avait aplani les choses, que dans une équipe, l’entraîneur était le seul maître à bord et décidait de l’orientation du jeu de l’équipe et de la feuille de match et que tout le monde devait, quel que soit son rang, respecter cela. Il a dit aussi que ses 7 ans d’expérience faisaient qu’il connaissait quand même son travail et que l’incident était clos. Puis, il est revenu sur le classement du club, la septième place, qui ne correspondait pas au standing du club, qu’il restait 2 journées et qu’il fallait faire le plein de points pour remonter et rendre le sourire aux supporters et que la balle était dans le camp de l’Atlético pour changer le destin. Il a ajouté : «En parlant des joueurs, c’est un groupe en qui j’ai pleinement confiance, il le démontre avec les deux faits les plus basiques : le respect, le respect envers son entraîneur et le dévouement. Ils ont traversé des moments faciles et difficiles et ils ont toujours réagi sur le terrain en montrant un respect absolu pour le travail, ce qui est le plus important.» Puis après un simple «merci et au revoir», il s’est levé et est sorti de la salle de presse.
Kún, un statut de demi-dieu
Après son compatriote Messi et son éternel concurrent, Cristiano Ronaldo, la troisième superstar de la Liga espagnole, c’est assurément l’Argentin de l’Atlético, Sergio Kún Agüero. Depuis son arrivée en Espagne en provenance de son Argentine natale et du club d’Independiente en 2006/2007, l’international argentin «gendre de Diego Maradona» puisque la fille du «Pibe de Oro»a succombé à son charme latino, est aussi régulier qu’une montre suisse et hormis une saison passée un peu «sans» par rapport à ses habitudes, c’est un véritable métronome. Cette saison, il en est déjà à 17 buts pour 30 matchs joués comme titulaire, à deux buts de sa meilleure saison en Espagne. Même si le rival, le Real, la Juventus et beaucoup d’autres clubs lui font les yeux doux depuis longtemps, le chouchou du président Cerezo, qui le paye grassement et qui l’a fait signer jusqu’en 2014, ne semble pas près à perdre son statut de demi-dieu dont il jouit dans les tribunes du stade Vicente Calderon. En plus d’avoir du talent, celui que tout le monde au club appelle «Kún», ne s’enflamme pas et garde la tête froide. Il sait ce qu’il va perdre en quittant le club et ne sait pas quel sort on lui réserve ailleurs. Sans parler de la chance supplémentaire, que sa stabilité et son temps de jeu lui assurent pour consolider sa place en équipe nationale où il est désormais réconcilié avec le sélectionneur de son pays, Sergio Batista. C’est grâce à la complicité de son oncle Dani, que Kún Agüero a accepté de s’arrêter un moment et de répondre rapidement aux questions que nous avons pu lui poser avant de monter dans sa voiture et malgré la sécurité qui n’avait pas autorisé les interviews ce jour-là .
Vicente Calderon,
l’anti-Santiago Bernabeu
Comment faire un reportage sur l’Atlético Madrid sans parler de son stade fétiche, le stade Vicente Calderon. Ce stade, doté quand même d’une capacité de 54 851 places, est l’antithèse absolue du stade Santiago Bernabeu, l’antre du rival, le Real. Alors que le stade Santiago Bernabeu, 87 000 places, se situe au cœur de la capitale espagnole et que tous les circuits touristiques y font une halte, le stade Vicente Calderon, lui, se trouve en banlieue sud, dans le district pas très «bling bling» d’Arganzuela. Il est entouré de lotissements modestes et est encerclé par une autoroute pas très glamour. Alors que le stade Santiago Bernabeu a une station de métro qui porte son nom et qui se trouve devant l’entrée, pour aller à Vicente Calderon, vous devez descendre à la station Piramides et effectuer un kilomètre et demi de marche à pied. Enfin, dernier détail qui ne trompe pas, le stade Santiago Bernabeu est une sorte de «Disneyland», de parc d’attraction du Real Madrid, avec un café, un musée, une visite guidée et même une brasserie Real Madrid, le stade Vicente Calderon, lui, hormis la boutique et une petite salle des trophées, loue ses locaux commerciaux à une clinique et à des concessionnaires automobile, rien de très Rock and Roll. En fait, le Stade Vicente Calderon, qui domine fièrement l’autoroute, ressemble à ses supporters et au club qu’il héberge, modeste, populaire, mais avec une énorme fierté.
M. B.