Très très dure fut notre mission de rencontrer la star malienne du Barça ici au Gabon. Après une première tentative infructueuse à Bongoville, à la veille du match face au Ghana, ce qui était des plus logiques pour un joueur professionnel à la veille d’une rencontre importante, on est revenus à la charge, après le succès face au Botswana, celui qui a qualifié la sélection malienne, qui a dû néanmoins attendre la fin de l’autre match pour laisser exploser sa joie.
Seydou, qui nous avait promis une interview exclusive chez lui à l’hôtel Nzeng-Ayong à Libreville, s’est gentiment exécuté malgré le fait qu’il soit l’un des joueurs les moins bavards, le messie malien nous parle de cette qualification en quarts de finale, mais aussi du Mondial brésilien, un rêve pour une génération qui a soif de découvrir la joie du rendez-vous footballistique le plus prestigieux au monde.
- Une qualification arrachée par les cheveux au terme d’un match à rebondissements, c’était dur Seydou, hein ?
- Oui, c’était difficile par moments dans ce match, mais on est très contents, ce qu’on a ressenti est inexplicable, on est fiers de nous, car l’objectif était la qualif’, même si c’était difficile, mais on est contents, car après le tirage au sort parmi les 4, on était les derniers dans le dernier chapeau, même le Botswana est passé devant nous. Donc, vous vous imaginez, on est deuxièmes aujourd’hui et on a réussi avec les jeunes ce qu’on avait raté avec les stars, c’est vraiment extraordinaire.
- En 2010 notamment c’était la grande déception…
- C’est vrai, car en 2008 ou encore 2010, on avait les Kanouté, Gila (Ndlr, Diarra du Real), donc on n’a pas pu faire mieux, cette année-là , on avait un groupe jeune et on est tombés dans un groupe difficile comportant entre autres la Guinée et le Ghana, qui sont de grandes nations de football et même si ça n’a pas été facile de passer, on est très contents quand même.
- C’est pour vivre des moments comme ça que vous avez intégré la sélection ?
- Oui, mais vous savez, après le match face au Ghana et la défaite, j’ai passé des jours et des jours à ne pas dormir, parce qu’au pays j’avais beaucoup beaucoup de pression, les gens n’arrivent même pas à comprendre, le plus important c’est la victoire, quoi qu’il se passe quoi que je fasse, il faut qu’on gagne, ils vont à chaque fois tomber sur moi, donc je suis doublement content de ce succès.
- Un succès que vous avez conçu grâce à un but à la Keïta…
- Ça va arriver des fois, mais peut-être aux prochains matchs c’est un autre qui va marquer, moi ce que je veux, c’est que mon pays avance, et pas seulement que je sois devant, mais plutôt qu’on gagne, le score de l’autre match ne devait pas nous influencer, car même s’ils étaient à 1-1 un second but d’un côté comme de l’autre, pouvait être fatal pour nous. Donc, notre but était de marquer la deuxième réalisation et Dieu merci, cette fois c’est moi qui ai eu à le faire.
- Seydou vous-êtes le paratonnerre de cette sélection, vous supportez la plus grosse partie de la pression populaire et médiatique, comment gérez-vous
ça ?
- Ce n’est pas évident, puisqu’un seul joueur ne fait pas l’équipe, mais certains oublient ça, c’est beaucoup de pression, mais moi je suis footballeur, je ne suis pas jeune, j’essaye de m’adapter avec ça, mais je sais que l’essentiel c’est le collectif et quand l’équipe gagne, c’est tant mieux pour tout le monde.
- Il y’a un gros quart de finale qui vous attend, une rencontre face au pays organisateur, ça s’annonce chaud, n’est-ce pas ?
- Ça ne sera pas facile, mais pour ce groupe-là , ça ne sera que du bonus, il y aura beaucoup de pression, mais aussi beaucoup de motivation, nous on va bien préparer ce match là , être prêt pour ce match-là , car nous aussi on a notre chance à jouer.
- Connaissez-vous un peu leurs joueurs ?
- Ils sont connus quand même, la plupart jouent en France, et ce statut ils vont tout faire pour le défendre, leur image de marque est aussi en jeu, ce qui rend notre tâche plus difficile.
- En plus des 40 000 personnes attendues au stade…
- Oui, mais on a l’habitude de ça maintenant, et nous aussi on a notre public derrière nous, mais l’essentiel c’est de faire le maximum, car on sait qu’on a la possibilité, on a aussi notre coup à jouer, alors on fera tout pour.
- Au vu de votre souffrance face au Botswana, peut-on dire que la sélection du Mali n’est pas totalement prête pour gagner ce titre ?
- Comme je vous l’ai dit, il y avait trop de pression sur nos épaules, cette équipe est jeune, mais je crois que cette victoire va nous encourager davantage pour aller encore plus loin.
- Dans cette CAN, vous travaillez sous les ordres de Giresse et il vient de vous emmener en quarts, sentez-vous la différence avec lui ?
- Bien évidemment, lui c’est un ancien joueur, il connaît la mentalité des joueurs, il sait parler à chacun, et les jeunes apprennent beaucoup à ses côtés, donc, oui, on ressent la différence quand même, et il nous apporte beaucoup, d’ailleurs contrairement aux fois précédentes, on est arrivés en quarts.
- En plus du Mali, on a vu aussi deux bonnes équipes du Ghana et de la Côte d’Ivoire dans ce premier tour, vous aurez deux gros calibres comme concurrents, ne trouvez-vous pas ?
- Ils sont favoris, ça c’est clair, ils ont de grands joueurs, ça fait pas mal d’années qu’ils sont ensemble, et il n’y a pas eu beaucoup de changements dans leur sélection, c’est pour ça qu’ils sont des favoris qui sont déjà rentrés à la maison, et combien de favoris ne sont même pas arrivés à la CAN, c’est pour ça que ce mot favoris c’est sur du papier, mais sur le terrain c’est autre chose.
- Vous avez déclaré après le match que même au Barça vous n’avez pas vécu de tels moments, une telle sensation, comment expliquez-vous ça ?
- Non, encore une fois je le dis, y a pas photo, vous savez en club, il y a des émotions très très fortes, quand c’est la sélection c’est différent, car au pays, il y a toute la famille, la maman, tout le monde, c’est beaucoup de pression, alors qu’au club, si ça passe tant mieux, et si ça va mal, on peut toujours gérer, mais je dois reconnaître que je n’ai jamais été comme ça avec le Barça, à un moment, je ne pouvais même pas respirer.
- Les dernières minutes vous ont sans doute fait revivre le mauvais souvenir de la CAN 2010…
- Oui, bien sûr, les dernières minutes, pas seulement, durant tout le match, on s’est dit qu’il y a la possibilité aussi d’être éliminés, on savait ça, mais au final on est passés, et c’est ce qu’on va retenir de ce premier tour.
- En Algérie il y a beaucoup de supporters du Barça qui attendent avec impatience le jour où Seydou jouera avec les Aigles chez nous, est-ce qu’il vous arrive de penser à ces prochaines éliminatoires du Mondial ?
- Ce match-là est encore loin, mais actuellement on pense beaucoup plus à cette CAN, après on aura le temps de penser au match de l’Algérie, qui est une grande nation de football, et on sait que ça ne sera pas facile pour nous, mais pour le moment, on a notre objectif : jouer les quarts face au Gabon.
- Jouer le Mondial pour la première fois, ça serait aussi grandiose pour une génération comme la vôtre, non ?
- Effectivement, mais chaque chose en son temps, on va prendre ces compétitions une par une et pour le moment c’est la Coupe d’Afrique.
- Vous suivez les résultats du Barça ?
- C’est normal.
- Hier, ils ont fait match nul face à Valence…
- Oui, bon, il y a le match retour, c’est un bon résultat sur le terrain de Valence, les gars vont tout faire pour se qualifier en finale.
- Vos coéquipiers du Barça vous appellent-ils depuis que vous êtes à la CAN ?
- Oui bien sûr.
S. M. A.