Il prend part actuellement à sa première CAN. Roland Courbis a accepté la mission de seconder Harouna Doulla. On s’est déplacés pour le voir, et malgré le fait qu’il soit très occupé en ce moment, notamment par le match d’hier face à la Tunisie, il a bien accepté de répondre à nos questions dans une interview où il nous parle beaucoup de l’Algérie.
- Vous découvrez la Coupe d’Afrique des nations et son ambiance, avec le Niger, là , où personne ne vous attendait, vous vivez comment ça ?
- Je me suis toujours passionné pour cette CAN. C’est vrai que je n’ai jamais eu le plaisir ni l’honneur d’accompagner une sélection dans une compétition pareille, je me contentais de les voir à la télé. Je suis en train de découvrir les surprises, à l’image de celle que vient de créer le Sénégal, en se faisant éliminer, ce qui était totalement inattendu, et avant ça, lors des éliminatoires, quelques grandes nations de football, dont le Cameroun, l’Algérie, le Nigeria et l’Egypte, ça fait quand même beaucoup. Etre là , présent pas comme d’habitude derrière ma télé, ça me fait plaisir. Malgré la première défaite (ndlr, entretien réalisé avant-hier), ça m’a fait plaisir encore de préparer deux matchs contre le Maroc et la Tunisie, là où je retrouve des joueurs et entraîneurs que j’aime bien, je trouve ça super sympa.
- Vous êtes avec le Niger qui a mis sur la touche une équipe égyptienne qui n’est autre que le détenteur des trois derniers trophées…
- Ils se sont fait sortir par le Niger, en terminant ex aequo avec 9 points, de la même façon que l’Afrique du Sud. Le Niger a pris neuf points à domicile et zéro point à l’extérieur. Par rapport au goal-average particulier, on m’a raconté que le soir de la qualification du Niger, des personnes n’étaient pas encore sûres, il fallait revoir le règlement deux fois. Si l’Egypte n’est pas ici, en ayant terminé avec 9 points comme l’Afrique du Sud, ce n’est pas une perte, c’est peut-être la fin d’une génération énorme, une ossature de joueurs de très haut niveau. Maintenant, on va voir s’ils sont vraiment capables de reconstruire une équipe compétitive, mais, c’est vrai, cette équipe-là était impressionnante depuis de longues années.
- L’Algérie, qui a joué le Mondial et a été demi-finaliste de la CAN 2010 en Angola, se retrouve elle aussi à l’écart…
- J’ai trouvé ça bizarre. C’est vrai que j’ai suivi ça de l’extérieur, avec beaucoup de curiosité et d’affection, car il y a quand même beaucoup de personnes que j’aime. Dans la qualification au dernier Mondial face à l’Egypte avec tout ce qui s’est passé comme incidents, mais aussi le match de haut niveau joué entre vous, j’ai l’impression que, pour l’Algérie, le but était atteint. Le fait d’être qualifiée pour la Coupe du monde, pour moi, c’est comme si vous l’aviez gagnée. Je pense que vous aviez la possibilité de jouer un rôle de trouble-fête, parce que dans le groupe de l’Algérie en Coupe du monde, il y avait la possibilité de créer la surprise, mais je n’ai pas l’impression que l’Algérie était vraiment consciente, je crois que vous êtes allés sans y croire.
- Et cette CAN…
- Je crois que depuis ce Mondial, vous subissez la même chose.
- Vous êtes en train de vivre au Niger une situation qui pouvait être celle de l’Algérie avant le Mondial. Raouraoua a songé à ramener un coach étranger pour épauler Saâdane…
- Oui, mais vous êtes en train de me demander de vous analyser quelque chose qui n’est pas arrivée finalement. Par conséquent, je vous dirais qu’il fallait avant voir avec Saâdane s’il y avait la possibilité de lui ramener un adjoint qui pouvait réveiller l’équipe, capable de dire, là , peut-être il y a quelque chose à faire, peut-être que ça se serait passé différemment, possible aussi que ça aurait été pire. Je pense que la comparaison avec le Niger n’est pas possible.
- Pourquoi ?
- Parce que le Niger a pris conscience quand même qu’il était qualifié avec zéro point ramené de l’extérieur et zéro but marqué à l’extérieur. Tout le monde était au courant que ce n’est pas à Niamey qu’on allait jouer la CAN, et quatre mois avant le match face au Gabon à Niamey pour le compte des éliminatoires du Mondial, je peux vous faire déjà un pronostic : c’est sûr, on ne perdra pas à domicile.
- La presse internationale a beaucoup parlé de votre différend avec Harouna qui a qualifié l’équipe à la CAN. On vous laisse faire un énième démenti…
- Non, ce sont des explications, parce que je suis obligé de rappeler que le Niger n’a toujours pas changé ses habitudes, car si on gagne tous nos matches et à l’arrivée il se mettait à perdre, mais là , ce n’est pas le cas, j’essaye de faire comprendre, si je suis compris tant mieux, sinon je me contenterai de voir les résultats à l’extérieur.
- On comprend que votre objectif est de changer au mieux les résultats à l’extérieur. L’Algérie aussi voulait avant le Mondial apporter des correctifs et c’est Vahid Halilhodzic qui était pressenti et Saâdane était gêné. Le Bosniaque est devenu plus tard le coach de l’équipe…
- Je vais vous expliquer ce qui est arrivé avec moi. On m’a demandé d’aider le Niger, et je ne savais même pas quelle était ma mission, ni si le coach principal va rester en place, mais je n’y ai pas vu d’inconvénients, à condition d’avoir une discussion franche avec l’entraîneur afin de trouver un terrain d’entente. Quand des dizaines d’appels téléphoniques me demandaient de venir aider la sélection d’Algérie, sans savoir s’il m’appelaient officiellement, parce que (rire) je suis très disponible pour tout le monde, et à chaque fois je disais, pourquoi pas, à condition que j’aie un rendez-vous officiel et que le sélectionneur en place reste et qu’il s’entende avec moi. Cela ne s’est pas fait avec l’Algérie, après je ne sais pas comment Vahid est venu. Je sais, à travers le bouche-à -oreille, que c’est quelqu’un de très compétent, Vahid aussi. Moi, mon histoire avec le Niger, je vous l’ai expliquée. Nous nous sommes rencontrés il y a trois mois à Paris et la première rencontre avec la fédération a eu lieu en présence de Harouna, et là , on est tombés d’accord sur la façon de travailler. J’ai une certaine expérience et une manière de travailler, je pense connaître quelques méthodes que j’ai piquées à Lippi, Sacchi, Ivic, qui étaient plus âgés et plus expérimentés que moi. Je mettrai ça à la disposition de mon équipe, mais cela ne nous garantit pas les victoires.
- Vous voulez dire que votre équipe sans votre apport est presque sûre de perdre ?
- Exactement, c’est ça, sans ces détails-là , on est presque sûrs de perdre à tous les coups, le foot c’est quelque chose d’étonnant et de capricieux, mais il y a de la logique qu’on peut maîtriser, mais même quand on ne la maîtrise pas, vous pouvez faire ce que vous voulez avec une équipe qui a Messi et plus de détails et ça ne suffira pas, en somme, je suis là pour augmenter les chances d’avoir les résultats pas pour les assurer.
- Après Saâdane, votre nom a beaucoup circulé chez nous, et lorsqu’on sait qu’il n’y a pas de fumée sans feu… (il nous coupe)
- En ce qui me concerne moi, j’en ai toujours eu que de la fumée, et je n’ai jamais eu le plaisir d’avoir un rendez-vous officiel avec quelqu’un d’officiel pour discuter, ça a toujours été au téléphone avec la question traditionnelle et fatigante : «Est-ce que ça t’intéresserait de... » moi je réponds : «Qui vous êtes ? » et chacun était le très très proche encore le plus proche du président de la FAF, et celui d’après, est encore plus proche que proche, et finalement les rendez-vous il n’y en a jamais eu, à un certain moment toute la passion d’un être humain a des limites, et j’étais vraiment fatigué.
- En Algérie, vous êtes toujours Courbis, l’ancien coach de l’OM avec son tempérament spécial et votre façon de manager une équipe, peut-être que c’est à cause de ça qu’on pense beaucoup à vous, non ?
- Oui, c’est vrai, j’ai eu plusieurs contacts avec les équipes du Maghreb, et à chaque fois je regarde les résultats de ce club, que ce soit le WAC, le RAJA, Sfax, ou même l’USM Alger, pour cette dernière je me suis mis dans la tête de leur donner un coup de main pendant 5, 6 mois, les responsables ont ensuite choisi un autre, je leur ai dit : écoutez, vous choisissez qui vous voulez, mais la prochaine fois vous faites en sorte de me laisser tranquille, je ne dois rien à personne, je ne cherche pas un boulot pour pouvoir faire manger ma famille, je bosse à RMC et à BFM TV, donc sincèrement, je me demande si ma courtoisie et ma disponibilité ne sont pas un peu déplacées, au point où je me suis dit que je commence à être disponible d’une façon un petit peu fatigante.
- Donc, les discussions avec l’USMA étaient réelles, c’est qui, qui vous a contacté, est-ce le président ?
- Oui, oui, ils sont deux frères, c’est des gens très courtois, on est restés en très bons termes, après ils ont choisi Ollé-Nicolle, j’ai dit : écoutez, si vous choisissez un autre que moi, vous lui souhaiterez bonne chance, mais la prochaine fois vous m’éviterez de me faire perdre mon temps à vous répondre pour écouter : demain, la prochaine fois, la semaine prochaine. Dans cette équipe, je connaissais quand même deux, trois joueurs de cette équipe-là , dont Yacine Bezzaz que j’ai eu le plaisir d’avoir à Ajaccio, je m’étais organisé avec mes employeurs pour pouvoir continuer à bosser depuis Alger, pas à BFM TV, puisque je devais être sur place, mais à RMC, car les aller-retour pour un entraîneur à l’étranger n’est pas forcément une bonne chose, il faut être stable, sinon ce n’est pas sérieux ni professionnel, et puis chacun est libre de faire ce qu’il veut, mais s’il y a un certain moment mon téléphone ne décroche pas, il ne faut pas être surpris.
- On reparle de la sélection maintenant, il y a eu la venue d’Halilhodzic, qui a eu la chance de stabiliser momentanément la situation avec quelques bons résultats pour le moment, vous en pensez quoi ?
- Je connais bien Vahid, et il faisait partie des quelques bonnes affaires que vous pouviez faire, et je crois que vous avez fait le bon choix, sans oublier l’excellent travail fait par Saâdane, Halilhodzic avec sa mentalité et une compétence, ça tout le monde le sait, et c’est ça justement qu’il va mettre à la disposition de votre équipe pour remettre de l’ordre.
- Etant donné que vous animez et vous êtes consultant dans plusieurs émissions de chaînes françaises, vous connaissez sans doute nos internationaux du championnat de France, vous avez eu Bezzaz, Zarabi, et actuellement il y a une nouvelle génération avec les Boudebouz, Kadir, vous les trouvez comment ?
- C’est une génération de jeunes talentueux, c’est vrai que je pense que là , dans les mois et années qui arrivent, l’Algérie peut remettre le nez à la fenêtre comme on dit et avoir de bons résultats.
- Mais avec ces mêmes joueurs, on n’a pas pu aller à la CAN…
- Ça s’est joué face au Maroc, de retrouver dans le même groupe ces deux équipes, je trouve ça vraiment dommage, c’était ou l’une ou l’autre.
- Un de vos joueurs au Niger a déjà joué en Algérie, il s’agit de Jimmy, quelle idée avez-vous de ce joueur ?
- C’est quelqu’un qu’on a remarqué et qui s’est illustré lors des stages de présélection, et qui a un bagage technique intéressant et on pense même à le titulariser demain (Ndlr : hier face à la Tunisie).
- Coach, allez-y, faites-le jouer, vous ne serez pas déçu…
- Peut-être qu’il va démarrer le match, c’est un garçon intéressant.
- Dommage qu’il est sans club actuellement…
- Mais n’oubliez pas, maintenant, après une CAN, et un bon match face à la Tunisie, il ne le sera plus je crois.
- Coach Courbis au Niger ou ailleurs lors de la prochaine CAN ?
- Même si ça va se passer très vite, pour moi c’est très loin, dès que la CAN se termine pour le Niger, je reprends mes activités à la radio et à la télé, et c’est pour ça que je suivrai, et les résultats de l’Algérie, de la Tunisie, du Maroc et même des clubs, qui, directement ou indirectement, m’ont donné un petit coup de fil ces derniers mois.
- Des joueurs comme Bougherra, Belhadj, Niang, Kader Keita qui ont quitté l’Europe pour jouer au Qatar, ça vous semble normal ?
- Il ne faut pas non plus oublier qu’ils sont en fin de carrière et qu’ils ont besoin d’argent.
- En Europe aussi il y a cet argent, non ?
- Oui, mais des impôts à payer aussi, une vie qui est très chère et pour pouvoir mettre de l’argent de côté quand t’es bon joueur, il y a aussi cette option au Qatar, ce sont des joueurs sérieux, ambitieux, il y a de cela quelque années, quand un joueur partait aux Emirats ou au Qatar, on le regardait bizarre, mais actuellement, même les joueurs de haut niveau espèrent être contactés par le Qatar ou les Emirats, je pense que c’est tout à fait logique, parce que ces gens-là font tout pour mettre en place un football de haut niveau, c’est pas facile par rapport à leur climat, mais malgré ça, ils y arrivent, et là , je pense que les joueurs qui vont au Qatar et aux Emirats arabes unis aujourd’hui choisissent l’aspect financier, mais aussi sportif, la famille est heureuse, les enfants sont heureux, et finalement la vie, elle n’est pas faite pour être heureux ?
- Les Algériens vous aiment bien, on vous laisse leur dire quelque chose…
- En tous les cas, quand on est Marseillais, je me souviens quand le président de l’USMA m’a contacté, je lui ai dit entre Marseille et Alger ça ne sera pas un dépaysement, entre Corses et Maghrébins, ça s’est toujours bien passé, en tout cas à Marseille on a toujours eu des Maghrébins, Nord-Africains et les Africains ça ne manque pas, comme potes, à l’école et en dehors aussi, donc j’ai toujours eu des amis, c’est pour ça que je souhaite que l’Algérie retrouve rapidement une équipe compétitive, qui participe à la prochaine CAN qui va quand même arriver plus vite, dans un an, avec un tirage au sort sans tête de série, la qualification pour la CAN va se jouer sur deux matches, c’est pas simple du tout.
S. M. A.








































